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Noirs de France

Noirs de France

Rama Yade

Être noir et français

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Description

En 2007, une jeune femme née à Dakar et arrivée en France à onze ans entre au gouvernement. Rama Yade devient secrétaire d'État, et la caméra fait ce qu'elle fait toujours dans ces cas-là : elle insiste sur la couleur de sa peau. On la félicite, on la montre en exemple, on en fait presque un symbole. Et c'est précisément ce moment, où tout le monde voit sa réussite comme une anomalie heureuse, qui lui fait écrire un livre sur une population dont on parle beaucoup et qu'on connaît très mal.

« Noirs de France », paru en 2007, part d'un constat tout simple : on désigne des millions de citoyens par une couleur, comme s'ils formaient un groupe, alors qu'ils n'ont souvent en commun que le regard qu'on pose sur eux. Antillais dont les familles sont françaises depuis des générations, enfants d'immigrés d'Afrique de l'Ouest, métis, descendants d'esclaves, étudiants arrivés la semaine dernière — on les range sous le même mot. Yade refuse à la fois le déni républicain qui dit « il n'y a pas de Noirs, il n'y a que des citoyens » et le repli communautaire qui enfermerait chacun dans sa couleur.

Son angle n'est ni la plainte ni le réquisitoire. Elle écrit en femme politique, mais aussi en personne qui a vécu les contrôles, les regards dans les boutiques, les surprises polies quand on découvre qu'elle parle « si bien ». Elle veut tenir les deux bouts : nommer ce qui se passe, et le faire dans le cadre d'une République qu'elle ne veut pas abandonner mais obliger à tenir parole.

La question que l’on se pose : Comment être noir et pleinement français dans un pays qui prétend ne pas voir les couleurs ?Ce que l’on va voir : Un mot qui rassemble des vies dissemblables, une mémoire longtemps tue, le quotidien des discriminations, et la sortie que l'autrice propose.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un mot qui range ensemble des vies sans rapport

La première chose que fait Rama Yade, c'est démonter l'évidence du mot lui-même. « Noir », en France, ne désigne pas une communauté avec une histoire partagée, une langue, un territoire. Il désigne une couleur de peau — et donc un ensemble de gens que presque rien ne relie, sinon la façon dont les autres les perçoivent. Un Guadeloupéen dont la famille est citoyenne depuis plus d'un siècle n'a pas grand-chose à voir avec un étudiant malien arrivé à Paris pour une thèse, ni avec un jeune né à Mantes-la-Jolie de parents congolais.

Yade insiste sur ce point parce qu'il commande tout le reste. Quand on parle des « Noirs de France » comme d'un bloc, on efface des trajectoires radicalement différentes. Il y a les Antillais et Réunionnais, français de plein droit, pour qui la question n'est pas l'intégration mais l'égalité réelle avec l'Hexagone. Il y a les descendants d'immigrés africains, nés ici, qui se vivent comme français et qu'on renvoie sans cesse à une origine qu'ils n'ont parfois jamais connue. Il y a les arrivants récents. Trois rapports au pays, trois mémoires, un seul mot.

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02

Chapitre 2 — Ce que la mémoire nationale a longtemps tu

Pour comprendre pourquoi la question reste à vif, Yade remonte le fil d'une histoire que la France a mis longtemps à regarder en face. L'esclavage d'abord : aboli une première fois en 1794, rétabli par Napoléon en 1802, aboli définitivement en 1848 sous l'impulsion de Victor Schœlcher. Des siècles de traite qui ont bâti la fortune de ports entiers, Nantes, Bordeaux, La Rochelle, et qui ont longtemps été traités comme un chapitre secondaire, presque gênant, des manuels.

La colonisation ensuite, qui a fait entrer dans l'espace français des millions d'Africains sous un statut de sujets, pas de citoyens. Yade rappelle une figure qu'on oublie volontiers : les tirailleurs sénégalais, enrôlés par centaines de milliers dans les deux guerres mondiales, morts pour un pays qui, au lendemain de 1945, les a parfois payés moins que les autres soldats — l'épisode de Thiaroye, en 1944, où des tirailleurs réclamant leur solde ont été abattus, en reste le symbole le plus brutal.

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03

Chapitre 3 — Les dis­cri­mi­na­tions qu'on ne compte pas

Le cœur du livre, c'est le quotidien. Yade accumule les situations ordinaires, celles qui ne font pas la une mais qui, mises bout à bout, dessinent un mur. Le logement d'abord : à dossier égal, un candidat au nom à consonance africaine obtient bien moins de rendez-vous qu'un autre. L'emploi ensuite, où les testings menés dans les années 2000 montrent qu'un CV identique est écarté bien plus souvent quand la photo ou le nom laissent deviner une origine subsaharienne.

Il y a aussi les contrôles de police, répétés, parfois plusieurs fois par semaine pour les mêmes jeunes, dans les mêmes quartiers. Yade ne fait pas de la police un ennemi, mais elle décrit l'effet cumulé de ces contrôles : le sentiment, chez des citoyens qui n'ont rien à se reprocher, d'être suspects par défaut. À la longue, ça abîme le lien avec l'État bien plus sûrement qu'un discours hostile.

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04

Chapitre 4 — La République a les outils, pas encore la volonté

Arrivée là, Yade pose la question qui dépasse le cas des Noirs de France : que vaut un idéal universaliste qui n'arrive pas à tenir sa promesse ? Le modèle républicain repose sur une idée forte et belle — on ne regarde ni la couleur, ni la religion, ni l'origine, on ne voit que des citoyens égaux. Le problème n'est pas l'idéal. Le problème, c'est l'écart entre ce que la République proclame et ce qu'elle produit.

Car l'universalisme à la française a un angle mort. En décidant de ne pas voir les différences, il se prive des moyens de voir les discriminations qui, elles, bien réelles, s'appuient précisément sur ces différences. Dire « je ne vois pas les couleurs » quand des employeurs, eux, les voient très bien, revient à désarmer la victime au nom d'un principe. L'aveuglement volontaire de l'État laisse le champ libre à la lucidité intéressée des discriminants.

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05

Conclusion

Rama Yade termine là où une femme politique était attendue : sur des propositions. Reconnaître pleinement la mémoire de l'esclavage et de la colonisation, sans s'y enfermer. Se donner les moyens de mesurer les discriminations, par des outils qui respectent le principe républicain plutôt que de l'abandonner. Sanctionner réellement ce qui est déjà interdit par la loi, trop rarement poursuivi. Et faire de la diversité une évidence là où se décide l'image du pays — médias, grandes écoles, responsabilités publiques — non comme faveur, mais comme normalité.

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