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Michel Foucault, un héritage critique

Michel Foucault, un héritage critique

Jean-François Bert, Jérôme Lamy

Ce que Foucault a laissé

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Description

Michel Foucault meurt en juin 1984, à cinquante-sept ans. Quarante ans plus tard, il reste l'un des auteurs français les plus cités au monde, toutes disciplines confondues. On le convoque en sociologie, en histoire, en études de genre, en sciences infirmières, en gestion, en études postcoloniales, en géographie. Ses mots — pouvoir, discipline, biopolitique, dispositif, surveillance — sont devenus du vocabulaire courant, parfois au point de se détacher de ce qu'il voulait leur faire dire.

Jean-François Bert et Jérôme Lamy, deux chercheurs qui connaissent de près les archives et les manuscrits de Foucault, prennent le problème par un bout inhabituel. Plutôt que de proposer une énième synthèse de sa pensée, ils regardent ce qu'on en a fait. Comment une œuvre se diffuse, se déforme, se recycle, se retourne parfois contre elle-même une fois passée entre les mains de ses lecteurs. Un héritage n'est jamais un dépôt tranquille qu'on reçoit intact.

Le cas Foucault est particulier parce que l'homme a lui-même refusé qu'on fasse système de ses livres. Il parlait d'une « boîte à outils », invitait à se servir, prévenait qu'il changeait de méthode à chaque ouvrage. Une pensée qui se méfie des héritiers pose à ses héritiers un drôle de casse-tête : comment prolonger quelqu'un qui demandait qu'on ne le prolonge pas ?

La question que l’on se pose : Que devient une œuvre philosophique une fois qu'elle quitte son auteur et passe entre les mains de ceux qui s'en servent ?Ce que l’on va voir : On suit le voyage des concepts de Foucault à travers les disciplines, jusqu'aux reproches qu'on adresse à sa manière même de travailler.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un auteur qu'on cite plus qu'on ne lit

Il y a un paradoxe que Bert et Lamy posent d'entrée. Foucault est partout, et pourtant la plupart des usages de son œuvre reposent sur quelques formules détachées de leur contexte. « Le pouvoir est partout », « le panoptique », « la mort de l'homme » : des slogans qui circulent souvent sans que ceux qui les emploient aient ouvert les livres d'où ils viennent. La notoriété d'un penseur se mesure parfois à la distance entre ce qu'il a écrit et ce qu'on lui fait dire.

Cette diffusion massive tient en partie à la forme même des textes. Foucault écrit bien, avec des ouvertures spectaculaires — le supplice de Damiens au début de Surveiller et punir, en 1975, reste un morceau d'anthologie. Ces scènes marquantes se prélèvent facilement, se citent, se recopient dans des manuels et des mémoires. Du coup, une partie du lectorat connaît les images fortes sans avoir suivi le raisonnement patient qui les entoure.

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02

Chapitre 2 — La boîte à outils plutôt que le système

Foucault répétait qu'il ne voulait pas fonder d'école. L'image qu'il préférait était celle de la boîte à outils : prenez ce qui vous sert, laissez le reste, démontez si besoin. Bert et Lamy prennent cette formule au sérieux, parce qu'elle commande tout le reste. Une pensée qui se présente comme un jeu d'instruments ne se transmet pas comme une doctrine. On en hérite comme on hérite d'un établi, pas d'un testament.

Encore faut-il voir ce qu'il y avait dans la boîte. Pas une théorie générale du pouvoir, mais une méthode pour en démonter les mécanismes concrets. Foucault ne demandait pas « qui détient le pouvoir ? » mais « comment s'exerce-t-il, par quels gestes, quels bâtiments, quels examens, quels dossiers ? ». Le pouvoir, chez lui, n'est pas une chose qu'on possède, c'est une relation qui traverse les corps, les horaires d'usine, les plans de prison, les fiches médicales.

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03

Chapitre 3 — Quand les disciplines s'emparent de Foucault

L'un des apports du livre est de cartographier concrètement où et comment Foucault a été adopté. Le voyage est spectaculaire. Les historiens, d'abord méfiants envers ce philosophe qui s'aventurait sur leur terrain sans toujours en respecter les règles, ont fini par intégrer ses questions sur la folie, la prison, la sexualité. Les sociologues y ont trouvé une manière de parler du pouvoir qui échappait aux grands récits marxistes comme aux modèles du consensus.

Le mouvement le plus net s'est joué ailleurs. Les études de genre et la pensée queer ont fait de l'Histoire de la sexualité, dont le premier tome paraît en 1976, un texte fondateur — l'idée que la sexualité n'est pas une nature mais une construction historique, produite par des discours, a nourri des générations de travaux. Les études postcoloniales, de leur côté, ont emprunté sa manière de lier savoir et pouvoir pour analyser comment l'Occident a fabriqué ses « autres ».

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04

Chapitre 4 — La méthode sur le gril

C'est ici que le livre bascule du côté critique annoncé par son titre. Hériter de Foucault, pour Bert et Lamy, ce n'est pas seulement reprendre ses concepts — c'est aussi assumer les reproches qui lui ont été faits, et qui portent moins sur ses idées que sur sa façon de les fonder. La question centrale est celle du rapport aux archives et aux faits.

Les historiens de métier lui ont adressé des objections précises. Foucault généralisait parfois à partir de cas choisis, forçait les dates, lissait les contre-exemples qui auraient compliqué le récit. La thèse du « grand renfermement » des fous à l'âge classique, par exemple, a été discutée pied à pied par des spécialistes qui montraient des chiffres et des chronologies moins nets que ceux du livre. Le reproche n'est pas qu'il se trompe sur tout, mais qu'il écrit une histoire trop belle, trop cohérente pour être tout à fait fidèle au désordre des sources.

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05

Conclusion

Quarante ans après sa mort, Foucault n'est donc pas un monument stable qu'on contemple, mais un chantier toujours ouvert où chacun vient prélever, bricoler, contester. Bert et Lamy suivent ce chantier des grandes images célèbres jusqu'aux usages disciplinaires les plus techniques, puis jusqu'aux objections des historiens sur sa manière de tenir les faits. L'héritage qu'ils décrivent n'a rien d'une transmission paisible : c'est un héritage critique au double sens du mot, à la fois précieux et discuté.

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