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Le Temps de la guerre froide

Le Temps de la guerre froide

Michel Winock

La guerre froide, récit d'époque

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Description

Le 5 mars 1946, dans une petite université du Missouri, Winston Churchill prononce une phrase qui va baptiser une époque : « un rideau de fer est tombé sur le continent, de Stettin à Trieste. » L'ancien Premier ministre britannique, hors du pouvoir depuis moins d'un an, décrit un continent européen désormais scindé en deux blocs, l'un derrière Moscou, l'autre derrière Washington. La formule fait le tour du monde. Elle met des mots sur quelque chose que les gouvernements sentaient monter sans oser le nommer : les alliés d'hier, vainqueurs ensemble du nazisme, étaient en train de devenir des adversaires.

C'est ce long affrontement — presque un demi-siècle, de 1947 à la chute de l'URSS — que Michel Winock retrace dans Le Temps de la guerre froide. Une guerre qui n'a jamais opposé directement les deux géants sur un champ de bataille, mais qui a tenu la planète en haleine, coupé des villes en deux, armé la moitié du globe et nourri la terreur d'un anéantissement nucléaire. Une guerre qui se jouait autant dans les crises de Berlin ou de Cuba que dans les têtes, les journaux, les partis et les débats de café.

Winock la raconte en historien des idées, attentif aux rythmes du conflit comme aux manières dont il a traversé les sociétés — et en particulier la société française, où le communisme pesait lourd et où le choix de camp n'avait rien d'abstrait.

La question que l’on se pose : Comment un affrontement qui n'a jamais tourné à la guerre ouverte entre ses deux protagonistes a-t-il pu structurer un demi-siècle d'histoire mondiale et française ?Ce que l’on va voir : Les grandes phases d'un duel qui s'est joué sans combat direct, et la trace qu'il a laissée dans la vie politique et intellectuelle de la France.

Sommaire

01

Chapitre 1 — 1947, le monde coupé en deux

La guerre froide ne commence pas par un coup de feu mais par deux discours et une doctrine. En 1947, le président américain Harry Truman annonce devant le Congrès que les États-Unis aideront « les peuples libres » menacés par des minorités armées ou des pressions extérieures. Derrière les mots, la Grèce et la Turquie, où Washington craint une poussée soviétique. C'est l'acte de naissance de l'endiguement : contenir l'expansion de Moscou partout où elle se présente. La coexistence des vainqueurs de 1945 est officiellement enterrée.

Quelques mois plus tard, le secrétaire d'État George Marshall propose un plan d'aide massive à la reconstruction européenne. Généreux en apparence, stratégique en réalité : une Europe prospère résiste mieux au communisme qu'une Europe affamée. Staline interdit aux pays sous son contrôle d'y toucher, et la ligne de partage se durcit. D'un côté l'Ouest, aidé, aligné sur l'Amérique ; de l'autre un bloc de l'Est où Moscou installe, pays après pays, des régimes à sa main. En 1948, le « coup de Prague » fait basculer la Tchécoslovaquie dans l'orbite soviétique et achève de convaincre l'Ouest qu'il n'y aura pas d'entente.

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02

Chapitre 2 — Berlin, la Corée, la peur de l'apo­ca­lypse

La première grande crise éclate là où les deux blocs se touchent physiquement : Berlin. La ville, enclavée en pleine zone soviétique, est elle-même divisée en secteurs. En juin 1948, Staline en bloque les accès terrestres pour étrangler la partie occidentale. Les Occidentaux répondent par un pont aérien spectaculaire : pendant près d'un an, des avions ravitaillent la ville jour et nuit, un appareil toutes les quelques minutes. Moscou finit par lever le blocus. Berlin devient le symbole du conflit : une ville où les deux mondes se font face, à portée de regard, sans se tirer dessus.

1949 accélère tout. L'Alliance atlantique, l'OTAN, scelle l'engagement militaire américain en Europe. La même année, l'URSS fait exploser sa première bombe atomique, bien plus tôt que ne l'imaginaient les Américains, qui perdent leur monopole nucléaire. Toujours en 1949, la Chine de Mao bascule dans le camp communiste. En quelques mois, le rapport de forces mondial change d'échelle. La guerre froide n'est plus une affaire européenne : elle devient planétaire.

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03

Chapitre 3 — Dégel, détente, et le vertige de 1962

La mort de Staline en 1953 ouvre une respiration. Son successeur Nikita Khrouchtchev dénonce les crimes du régime stalinien et avance l'idée d'une « coexistence pacifique » entre les deux systèmes. On parle de dégel. Mais les apparences sont trompeuses : en 1956, les chars soviétiques écrasent l'insurrection de Budapest, rappelant que Moscou ne lâchera rien de son glacis européen. Le dégel ne vaut qu'à la surface ; sous la glace, le rapport de forces reste intact.

Le point de bascule, c'est octobre 1962. L'URSS installe des missiles nucléaires à Cuba, à quelques minutes de vol des côtes américaines. Le président Kennedy riposte par un blocus de l'île et exige leur retrait. Pendant treize jours, le monde retient son souffle : jamais une guerre nucléaire n'a semblé aussi proche. Finalement Khrouchtchev recule, les missiles repartent, et les Américains retirent discrètement les leurs de Turquie. L'humanité a frôlé la catastrophe — et les deux camps en tirent la même leçon : il faut des garde-fous.

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04

Chapitre 4 — La guerre froide vue de France

Si le récit se joue d'abord à Washington et à Moscou, Winock, historien de la France, montre que le conflit s'est aussi vécu intensément de l'intérieur de la société française. Et pour une raison précise : le Parti communiste y était, dans l'immédiat après-guerre, le premier parti du pays. Un Français sur quatre votait pour lui. Auréolé de son rôle dans la Résistance, solidement implanté dans la classe ouvrière et les syndicats, le PCF représentait une force immense — et alignée sur Moscou. La guerre froide n'était donc pas un spectacle lointain : elle traversait l'Assemblée, les usines, les familles.

Cette présence a fait de la France un cas particulier. Dès 1947, les communistes quittent le gouvernement et la vie politique se fige autour d'une ligne de fracture : pour ou contre l'URSS, pour ou contre l'Amérique. Les intellectuels s'en emparent avec une passion que Winock connaît mieux que personne. Sartre, un temps « compagnon de route », refuse de désespérer la classe ouvrière ; Camus rompt avec lui en dénonçant les camps soviétiques ; Raymond Aron, de son côté, raille les illusions progressistes dans un livre resté célèbre sur l'opium des intellectuels. Le choix de camp devenait une affaire morale autant que politique.

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05

Conclusion

La guerre froide s'achève comme elle avait commencé : sans bataille rangée entre ses deux protagonistes. L'URSS ne s'effondre pas sous les coups, mais sous son propre poids, en 1991, laissant les États-Unis seule superpuissance d'un monde qu'ils avaient passé quarante ans à partager. Entre-temps, le globe aura vécu au rythme des crises de Berlin et de Cuba, de la terreur nucléaire et des guerres par procuration, convaincu à chaque décennie que la paix tenait à un fil.

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