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Le syndicalisme des indirectes, 1940-1968

Le syn­di­ca­lisme des indirectes, 1940-1968

André Narritsens

Un syndicalisme méconnu

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Description

Les « indirectes », en 1945, ce ne sont pas des travailleurs comme les autres. Le mot désigne les agents des contributions indirectes — ceux qui perçoivent les taxes sur l'alcool, le tabac, les allumettes, les transports, tout un maquis d'impôts qui ne frappent pas le revenu mais la consommation. Une administration fiscale dense, implantée partout, avec ses contrôleurs, ses receveurs, ses agents de constatation. Et derrière cette administration, un syndicalisme d'une vigueur que presque personne, aujourd'hui, ne sait situer.

André Narritsens a passé des années dans les archives de cette branche pour en reconstituer l'histoire entre 1940 et 1968 — c'est-à-dire de l'État français jusqu'à la grande secousse sociale de la fin des années soixante. Son livre raconte un milieu professionnel disparu, fondu depuis dans la Direction générale des finances publiques, mais qui fut longtemps l'un des foyers les plus organisés, les plus combatifs et les plus singuliers du mouvement ouvrier des fonctionnaires.

L'affaire a quelque chose de paradoxal. On imagine volontiers le percepteur comme une figure grise, l'agent du fisc qu'on redoute et qu'on ne plaint jamais. Et pourtant ce corps a produit une tradition syndicale dense, traversée par les mêmes débats que la CGT tout entière, avec ses propres loyautés et ses propres règles du jeu. Comprendre les indirectes, c'est entrer par une petite porte dans la mécanique d'une grande centrale.

La question que l’on se pose : Comment une branche aussi spécialisée que les contributions indirectes a-t-elle pu forger un syndicalisme aussi dense, et quel poids a-t-il réellement pesé ?Ce que l’on va voir : Un métier oublié, une culture syndicale forgée dans l'administration fiscale, et ce que cette branche a fait à la centrale qui l'abritait.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un monde du travail qu'on a oublié de nommer

Pour saisir ce syndicalisme, il faut d'abord se représenter le métier. Les contributions indirectes forment, dans la France du milieu du XXᵉ siècle, une administration à part dans l'appareil fiscal. Là où les contributions directes taxent le revenu et la propriété, les indirectes frappent la circulation des biens : le vin et les spiritueux, le tabac, le sucre, les transports. Cela suppose un réseau d'agents présents sur le terrain, dans les entrepôts, les débits de boisson, les gares, chargés de constater, de contrôler, de percevoir.

Ce travail de contrôle crée une culture professionnelle particulière. L'agent des indirectes n'est pas un employé de guichet anonyme : il circule, il vérifie, il tient des registres, il est en contact direct avec des commerçants et des producteurs qui n'aiment pas le voir arriver. Le métier porte en lui une tension permanente entre la fonction d'autorité et la condition de salarié modeste, souvent mal payé au regard des responsabilités, et conscient de l'être.

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02

Chapitre 2 — Une branche technique devenue acteur politique

Le syndicalisme des indirectes ne s'est pas inventé dans le vide. Il s'inscrit dans le grand mouvement d'organisation des fonctionnaires qui, depuis le début du XXᵉ siècle, cherche sa place au sein du mouvement ouvrier sans y être spontanément admis. Les agents de l'État n'étaient pas des ouvriers d'usine, et longtemps on s'est demandé s'ils pouvaient relever du même combat. Narritsens restitue ce long travail de légitimation.

La branche s'organise autour de structures fédérales qui regroupent les personnels des finances. Ce qui frappe dans le récit, c'est la densité du maillage : des sections locales dans chaque département, des correspondants dans les recettes, une presse interne, des congrès où l'on débat des grades, des mutations, des indices de rémunération avec une précision quasi juridique. Le syndicalisme de branche se nourrit du technicisme même du métier.

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03

Chapitre 3 — La guerre, puis la re­cons­truc­tion d'un rapport de force

La borne de départ du livre n'est pas choisie au hasard. 1940, c'est l'effondrement, Vichy, la mise au pas des syndicats. Les organisations confédérées sont dissoutes, l'action collective des fonctionnaires devient un risque sérieux. Narritsens décrit une branche qui doit, comme le reste du mouvement ouvrier, survivre dans la clandestinité ou la semi-légalité, préserver des réseaux, des hommes, une mémoire — en attendant des jours meilleurs.

La Libération rebat les cartes. Le statut général des fonctionnaires de 1946 reconnaît enfin des droits qui faisaient défaut, et la place des agents de l'État dans la vie syndicale cesse d'être une anomalie à justifier. Pour les indirectes, c'est l'occasion de reconstruire une organisation sur des bases plus solides, adossée à une centrale qui sort de la guerre auréolée de son rôle dans la Résistance.

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04

Chapitre 4 — Ce qu'une branche fait à une centrale

En suivant les indirectes de 1940 à 1968, Narritsens éclaire une question qui dépasse ce corps précis : comment une grande centrale comme la CGT est-elle faite, concrètement, de l'intérieur ? On parle souvent de la confédération comme d'un bloc, avec ses orientations, ses congrès, ses mots d'ordre nationaux. Le livre rappelle qu'une centrale est d'abord un assemblage de fédérations et de branches, chacune avec son histoire, sa culture et ses intérêts propres.

Une branche comme celle des indirectes n'est pas un simple relais qui exécute les consignes venues du sommet. Elle apporte quelque chose : une expertise technique, une base militante solide, une capacité de mobilisation dans un secteur stratégique de l'État. En retour, elle attend que la centrale porte ses dossiers et reconnaisse sa spécificité. C'est un échange, parfois une tension, jamais une pure subordination.

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05

Conclusion

Au terme du parcours, le percepteur de caricature a disparu. À sa place, un corps d'agents modestes, organisés avec méthode, qui ont traversé la guerre, la scission syndicale et deux décennies de reconstruction sans jamais perdre le fil de leur combat. De 1940 à 1968, les indirectes auront tenu une place discrète mais réelle dans le mouvement ouvrier des fonctionnaires, jusqu'à se fondre plus tard dans une administration unifiée qui a effacé leur nom.

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