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Le marché boursier

Le marché boursier

À quoi sert vraiment un marché d'actions

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Description

Quand on entend « la Bourse a chuté de 3 % », on visualise un écran rouge, un trader qui se prend la tête, une flèche qui pique du nez. On associe le marché d'actions à ça : des chiffres qui montent et descendent pour des raisons obscures, un casino géant réservé à des initiés qui parlent une langue à eux. C'est l'image qui domine. Elle n'est pas fausse, mais elle prend l'accessoire pour l'essentiel. Elle décrit ce que fait le marché au quotidien sans jamais dire à quoi il sert.

Or un marché d'actions, à l'origine, ne sert pas à spéculer. Il sert à résoudre un problème très concret, vieux de plusieurs siècles : comment financer une entreprise énorme, risquée, à durée indéterminée, quand aucune personne seule n'a assez d'argent ni assez d'envie d'immobiliser sa fortune pour des années. La réponse trouvée au XVIIe siècle par des marchands hollandais tient en une idée simple, et cette idée gouverne encore, presque à l'identique, ce qui se passe aujourd'hui à New York ou à Paris.

Avant de comprendre pourquoi le marché bouge, il faut comprendre pourquoi il existe. La confusion des deux — le mécanisme et son décor agité — explique la plupart des malentendus qu'on entretient sur la finance. On va donc remonter avant les écrans, là où le prix ne clignotait pas encore.

La question que l’on se pose : À quoi sert vraiment un marché d'actions, avant même de savoir pourquoi il monte et descend ?Ce que l’on va voir : On remonte à l'invention qui a permis de posséder un bout d'entreprise sans y laisser toute sa vie, jusqu'à ce que dit du temps notre façon d'en tirer profit.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une usine, un bateau, et des gens qui veulent récupérer leur argent

Imaginons qu'on veuille monter une entreprise lourde : une compagnie qui affrète des navires vers l'Asie, une usine, un chemin de fer. Il faut réunir une somme énorme avant le premier revenu, immobiliser cet argent pendant des années, et accepter que tout puisse couler — au sens propre, pour un bateau. Aucun marchand seul n'a les reins assez solides. Il faut donc mettre plusieurs personnes autour de la table et diviser la mise.

C'est exactement ce qu'invente la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en 1602. Plutôt que financer chaque expédition à part, elle propose à un large public d'apporter du capital une fois pour toutes, en échange d'une part de l'ensemble. Cette part, c'est l'action : un morceau de propriété de l'entreprise, qui donne droit à une fraction des bénéfices futurs. On ne prête pas de l'argent qu'on récupérera, on devient copropriétaire d'un truc qui, on l'espère, va rapporter.

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02

Chapitre 2 — Le jour où on peut vendre sa part sans couler le navire

La solution est d'une élégance qu'on sous-estime aujourd'hui parce qu'elle nous paraît évidente : au lieu de récupérer son argent auprès de l'entreprise, on le récupère auprès de quelqu'un d'autre. L'actionnaire pressé ne demande rien à la compagnie ; il cède sa part à un nouvel entrant qui veut prendre sa place. L'entreprise ne perd pas un centime — elle change juste de copropriétaire. Ce qu'il faut pour que ça marche, c'est un endroit où vendeurs et acheteurs se retrouvent. Un marché.

Amsterdam ouvre le sien très tôt, autour de ces mêmes actions de la Compagnie. C'est là que naît le marché secondaire : le lieu où s'échangent des parts déjà émises, distinct du moment où l'entreprise lève des fonds pour la première fois. La distinction est capitale, et rarement expliquée. Quand une société entre en Bourse, elle vend ses actions et touche l'argent. Ensuite, ces actions circulent de main en main sans que l'entreprise reçoive quoi que ce soit — elle regarde ses titres changer de propriétaire comme un constructeur regarde ses voitures se revendre d'occasion.

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03

Chapitre 3 — Le prix, cette rumeur permanente sur l'avenir

Une fois qu'on peut acheter et revendre librement, une question surgit : à quel prix ? Une action ne vaut pas une somme gravée dans le marbre. Elle donne droit à une fraction des bénéfices futurs d'une entreprise — or ces bénéfices n'existent pas encore et personne ne les connaît. Le prix d'une action est donc, par nature, un pari collectif sur ce que l'entreprise gagnera dans les années à venir.

D'où le mouvement permanent. Chaque jour, des milliers de gens révisent leur estimation de cet avenir en fonction de ce qu'ils apprennent : des résultats trimestriels, une hausse des taux d'intérêt, une guerre, une innovation chez un concurrent, une phrase d'un banquier central. Le prix qui s'affiche n'est pas la valeur « réelle » de l'entreprise — c'est le point d'équilibre du moment entre ceux qui trouvent l'action chère et ceux qui la trouvent bon marché. Quand ce consensus se déplace, le prix se déplace. Voilà toute la fameuse volatilité.

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04

Chapitre 4 — Détenir un bout du monde, ou parier sur son humeur

Une fois posé ce qu'est vraiment un marché d'actions, une ligne de partage apparaît, discrète mais profonde, entre deux manières d'y être présent. On peut détenir. On peut spéculer. Les deux passent par le même écran, achètent les mêmes titres, et pourtant ne font pas du tout la même chose.

Détenir, c'est revenir à l'idée d'Amsterdam. On achète une part d'une entreprise parce qu'on croit à ce qu'elle produit, on encaisse au fil des ans sa portion de bénéfices, on regarde la valeur monter avec l'activité réelle de la boîte. Le temps est un allié : plus on garde, plus la logique de propriété se déploie. Le prix du jour importe peu, puisqu'on ne compte pas vendre demain. On est copropriétaire d'un morceau du monde productif, avec ses usines, ses salariés, ses clients.

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05

Conclusion

Le marché d'actions n'a pas été inventé pour faire monter et descendre des chiffres. Il a été inventé pour qu'une entreprise trop grande pour un seul homme puisse exister, en découpant sa propriété en parts et en offrant à chacun un moyen d'entrer et de sortir sans la faire couler. Le mouvement des prix, si spectaculaire soit-il, n'est que la conséquence tardive de cette invention : un marché qui réévalue sans cesse la valeur de promesses futures. Comprendre l'ordre des choses — la fonction d'abord, l'agitation ensuite — désamorce l'essentiel des mystères qu'on prête à la finance.

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