Le communisme dans l'histoire et les systèmes socialistes d'à présent
Le socialisme vu depuis 1895
Description
En 1895, un juriste belge publie un gros volume au titre qui ne s'embarrasse pas de nuances : Le communisme dans l'histoire et les systèmes socialistes d'à présent. Auguste Onclair n'est pas un révolutionnaire, ni un économiste de salon. C'est un catholique convaincu, lecteur de l'Antiquité et des encycliques, qui regarde monter autour de lui une vague d'idées neuves — fouriérisme, saint-simonisme, collectivisme, socialisme d'État — et décide de les passer toutes en revue, une par une, pour en démonter les ressorts.
Le livre arrive à un moment précis. Quatre ans plus tôt, en 1891, Léon XIII a publié Rerum novarum, l'encyclique qui pose la doctrine sociale de l'Église face à la misère ouvrière et à la tentation socialiste. Onclair écrit dans ce sillage. Son ambition n'est pas de décrire froidement les doctrines, mais de les juger — de montrer d'où elles viennent, ce qu'elles promettent, et pourquoi, selon lui, elles finissent toutes par buter sur le même écueil.
Ce qui donne au bouquin sa cohérence, c'est qu'il ne sépare pas le présent du passé. Onclair remonte aux communautés antiques, aux hérésies médiévales, aux utopies de la Renaissance, avant d'arriver aux écoles de son siècle. Le communisme, pour lui, n'est pas une invention du XIXe siècle — c'est une tentation vieille comme les sociétés humaines, qui change de nom à chaque époque.
La question que l’on se pose : Comment un catholique de la fin du XIXe siècle lit-il l'ensemble des systèmes socialistes — et au nom de quoi prétend-il les réfuter tous ?Ce que l’on va voir : Un inventaire raisonné des doctrines du siècle, le point de rupture sur lequel elles trébuchent toutes, et la troisième voie que l'auteur oppose à la fois au socialisme et au libéralisme.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un notaire belge contre les systèmes de son siècle
Auguste Onclair appartient à cette génération de catholiques belges qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, prennent la plume contre ce qu'ils appellent les erreurs modernes. Il écrit en juriste autant qu'en apologiste : la propriété, le contrat, l'héritage sont pour lui des notions de droit avant d'être des enjeux politiques. Son grand livre de 1895 n'est pas un pamphlet jeté vite, mais une somme — des centaines de pages où il entreprend de classer, décrire et combattre les doctrines socialistes de son temps.
Sa méthode est celle d'un homme qui croit que pour réfuter une idée, il faut d'abord remonter à sa source. Avant de parler de Fourier ou de Marx, Onclair ouvre son enquête très loin en arrière. Il évoque les communautés de biens de l'Antiquité, la République de Platon, les expériences monastiques, les mouvements de pauvreté radicale du Moyen Âge, les utopies de la Renaissance comme celle de Thomas More. Pour lui, tous ces épisodes dessinent une même pente : le rêve récurrent d'abolir la propriété privée pour tout mettre en commun.
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02 Chapitre 2 — Du Phalanstère à l'État patron : l'inventaire des écoles
Le gros du livre est un défilé méthodique des écoles socialistes du siècle. Onclair commence souvent par les premiers socialistes français, ceux que l'histoire retiendra sous le nom d'utopistes. Henri de Saint-Simon et ses disciples, qui rêvent d'une société organisée par les industriels et les savants, où l'État deviendrait une sorte d'immense atelier rationnel. Puis Charles Fourier, avec son Phalanstère — cette communauté de production où les passions humaines, au lieu d'être réprimées, seraient réorganisées pour produire de l'harmonie.
Onclair décrit ces projets avec une précision presque gourmande, parce que leur étrangeté sert son propos. Le système de Fourier, avec ses calculs sur l'attraction passionnelle et son architecture détaillée, lui permet de montrer jusqu'où va l'ambition de refaire l'homme en refaisant son organisation. Il passe aussi par Robert Owen et ses colonies ouvrières, par Étienne Cabet et son Icarie, par Pierre-Joseph Proudhon et sa formule provocatrice selon laquelle la propriété serait un vol.
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03 Chapitre 3 — La propriété au cœur de la bataille
Si l'on cherche le point où toutes ces doctrines trébuchent aux yeux d'Onclair, c'est toujours le même : la propriété privée. Pour lui, elle n'est pas une convention arbitraire que la société pourrait défaire à sa guise, ni le simple produit d'un rapport de force. C'est un droit naturel, enraciné dans la personne humaine et dans son travail. L'homme qui met son effort dans un champ, un atelier, un métier, incorpore quelque chose de lui-même dans ce qu'il produit — et la société ne peut lui retirer ce lien sans le mutiler.
De cette conviction découle toute sa critique. Si la propriété est naturelle, alors les systèmes qui veulent l'abolir ou la transférer à la collectivité ne corrigent pas une injustice : ils en commettent une plus grande. Onclair argumente qu'en supprimant la propriété individuelle, on supprime du même coup le ressort de l'effort, la responsabilité, l'épargne, la prévoyance familiale. Sans la perspective de posséder et de transmettre, soutient-il, l'homme perd le motif de bien faire.
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04 Chapitre 4 — Ce que l'Église oppose au grand projet
Derrière l'inventaire des doctrines, le livre d'Onclair défend une position précise : celle d'un catholicisme social qui refuse les deux extrêmes de son époque. D'un côté le socialisme, qui veut tout collectiviser ; de l'autre le libéralisme économique pur, qui laisse le marché régler seul les rapports entre patrons et ouvriers, quitte à broyer les plus faibles. Onclair renvoie dos à dos ces deux camps, et c'est ce qui donne à son travail sa cohérence.
Sa troisième voie est celle que Léon XIII venait de formuler dans Rerum novarum en 1891. L'Église y reconnaît la gravité de la question ouvrière, condamne les abus du capitalisme sauvage, affirme le droit des travailleurs à un salaire juste et à s'organiser — tout en défendant fermement la propriété privée contre le programme socialiste. Onclair écrit en interprète et en relais de cette doctrine : il ne cherche pas à inventer une pensée, mais à armer les catholiques contre les systèmes rivaux.
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05 Conclusion
Au bout de ces centaines de pages, le projet d'Onclair se laisse résumer d'un trait : prendre toutes les doctrines qui promettent de refaire la société en abolissant la propriété, les ranger dans une même lignée, et leur opposer un ordre qu'il juge plus ancien et plus vrai — celui où la personne, la famille et le travail restent liés par un droit naturel que la religion vient couronner. Le socialisme vu depuis 1895, chez lui, c'est une tentation séduisante et récurrente, mais qui se trompe de remède.
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