La foi chrétienne
Ce que croient les chrétiens
Description
Chaque dimanche, dans des milliers d'églises, des gens se lèvent et récitent le même texte, les yeux souvent dans le vague, par cœur. Une douzaine de phrases qui commencent par « Je crois ». On appelle ça le Credo, du latin credo, « je crois ». Ce qui frappe, c'est la densité : en quelques lignes, ce bref enchaînement prétend dire qui est Dieu, ce qu'il a fait, ce qu'on attend de l'avenir. Tout le reste — les cathédrales, les conciles, les débats de vingt siècles — tient dans ces quelques phrases répétées à voix basse.
Roland Lacroix, théologien et pédagogue de la foi, prend ce texte au sérieux dans son livre La foi chrétienne. Plutôt que d'aligner des dogmes comme un manuel, il suit le fil du Credo article par article, comme on relirait une déclaration qu'on a cessé de vraiment entendre à force de la connaître. Son pari : derrière la formule usée se cache une structure, une logique, un contenu précis — et des choix qui n'avaient rien d'évident au moment où ils ont été faits.
Car croire, pour un chrétien, ne veut pas dire « penser que c'est probablement vrai ». Le mot recouvre autre chose : une confiance, un attachement, un lien avec quelqu'un. Et c'est peut-être là que le malentendu moderne est le plus épais — on imagine la foi comme une opinion sur l'existence de Dieu, quand ceux qui la vivent la décrivent d'abord comme un engagement.
La question que l’on se pose : Que disent exactement les chrétiens quand ils récitent « je crois » — et croire, ça veut dire quoi au juste ?Ce que l’on va voir : On remonte le fil du Credo pour retrouver, derrière une formule devenue routine, un contenu précis et un acte qui engage une vie entière.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un texte court qu'on récite debout
Le Credo n'est pas tombé du ciel rédigé. Lacroix rappelle qu'il s'est formé lentement, à partir des questions qu'on posait aux candidats au baptême dans les premiers siècles : crois-tu en Dieu le Père ? crois-tu au Christ ? Les réponses se sont stabilisées, puis fixées. Deux grandes versions circulent aujourd'hui. Le Symbole des Apôtres, plus bref, plus ancien dans sa forme actuelle, qu'on récite au quotidien. Et le Symbole de Nicée-Constantinople, issu des conciles de 325 et 381, plus développé, plus précis, forgé pour trancher des disputes brûlantes sur l'identité du Christ.
Ce qui distingue le Credo d'un simple résumé doctrinal, c'est sa forme. On ne dit pas « le christianisme affirme que ». On dit « je crois ». C'est une déclaration à la première personne, un engagement personnel prononcé à voix haute, souvent debout, souvent en groupe. Lacroix insiste : le texte est liturgique avant d'être théorique. Il se chante, se récite, s'inscrit dans un geste collectif. On le professe plus qu'on ne l'étudie.
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02 Chapitre 2 — Un Dieu qu'on dit Père, Fils et Esprit
Le premier mot du contenu, c'est Dieu. Et d'emblée, un adjectif : unique. La foi chrétienne hérite du monothéisme juif — un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, de tout ce qui est visible et invisible. Lacroix souligne que ce Dieu n'est pas d'abord un principe ou une force, mais quelqu'un qu'on appelle Père. Le mot porte une idée de relation, de proximité, presque de familiarité, qui tranche avec l'image d'une divinité lointaine et froide.
Puis vient le point qui fait basculer tout l'édifice : ce Dieu unique, les chrétiens le disent aussi Fils et Esprit. C'est la Trinité, sans doute l'affirmation la plus difficile de la foi chrétienne — un seul Dieu en trois personnes. Lacroix ne cherche pas à la rendre simple, parce qu'elle ne l'est pas. Il explique plutôt d'où elle vient : de l'expérience des premiers chrétiens, qui ont reconnu Dieu dans l'homme Jésus, puis dans cet Esprit qu'ils sentaient agir après lui. La doctrine a suivi l'expérience, pas l'inverse.
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03 Chapitre 3 — La croix, le tombeau vide et le scandale
Au centre du Credo, un passage étrangement concret. Après les grandes affirmations sur Dieu, le texte raconte soudain une histoire datée, avec un nom propre de fonctionnaire romain : Jésus « a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ». Lacroix relève le détail : ce nom ancre la foi dans l'histoire. Ce n'est pas un mythe hors du temps, c'est un supplice précis, sous un gouverneur identifiable, à une époque qu'on peut situer.
La croix est le scandale assumé de la foi chrétienne. Le Dieu qu'on vient de dire créateur et tout-puissant meurt comme un condamné, du supplice réservé aux esclaves et aux rebelles. Lacroix ne gomme pas ce que cette affirmation a d'énorme : une divinité qui ne se sauve pas elle-même, qui traverse la souffrance et la mort. Les chrétiens n'y voient pas un échec mais le sommet — Dieu qui va jusqu'au bout de la condition humaine, par amour, pour la rejoindre là où elle est le plus seule.
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04 Chapitre 4 — Entre les deux venues, une communauté qui attend
Le dernier bloc du Credo quitte le récit pour dire ce qui vit maintenant. On y professe « la sainte Église catholique », c'est-à-dire universelle, « la communion des saints, le pardon des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle ». Lacroix note le déplacement : après Dieu et le Christ, le texte parle de nous — de la communauté des croyants, de ce qui les relie, de ce qu'ils espèrent. La foi n'est pas une affaire solitaire. Elle se vit en Église, dans un lien avec d'autres, vivants et morts.
C'est là que Lacroix pousse son angle le plus fort. La foi chrétienne, répétée dans le Credo, n'est pas d'abord un catalogue de propositions à tenir pour vraies. Croire, ce n'est pas cocher une liste d'affirmations improbables. C'est faire confiance à quelqu'un, et accepter que cette confiance oriente une existence. Le mot latin credo est de la même famille que « confier son cœur ». On ne croit pas « quelque chose » autant qu'on croit « en » quelqu'un.
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05 Conclusion
Au bout du parcours, le Credo n'apparaît plus comme une formule figée mais comme une déclaration d'engagement, dense et ordonnée. Trois temps : un Dieu qu'on dit Père, Fils et Esprit ; un Christ mort et ressuscité dans l'histoire des hommes ; une communauté qui attend entre les deux venues. Lacroix aura surtout déplacé le centre de gravité : ce que récitent les chrétiens n'est pas une liste de choses à croire vraies, mais l'énoncé d'une confiance qui engage.
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