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Historique de la gendarmerie française

Historique de la gendarmerie française

Hippolyte Delattre

La gendarmerie, des origines au XIXe

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Description

On croise la gendarmerie sans trop y penser : un contrôle sur une départementale, une brigade dans un bourg, un képi derrière un comptoir. On la range avec la police, comme deux mots pour la même chose. Pourtant l'une est un corps militaire, l'autre un corps civil, et leurs histoires n'ont presque rien à voir. La gendarmerie, elle, descend d'un lignage long, bien plus ancien que la Révolution qui lui a donné son nom. C'est à ce lignage qu'Hippolyte Delattre consacre son Historique de la gendarmerie française, en remontant le fil jusqu'au Moyen Âge.

Le fil commence avec un mot qu'on a oublié : la maréchaussée. Pendant des siècles, ce sont des cavaliers armés, dépendant d'abord des armées puis du roi, qui patrouillent les routes, traquent les déserteurs, les brigands et les faux-monnayeurs. Un corps à cheval, dispersé, chargé de faire régner un semblant d'ordre là où l'autorité royale, autrement, n'arrivait pas. Quand la Révolution supprime presque tout l'Ancien Régime, elle garde ce corps-là, le renomme, et le pose comme pièce durable de l'État nouveau.

Delattre raconte cette continuité comme peu d'institutions françaises peuvent s'en prévaloir : une même mission, maintenue sous les rois, la République, l'Empire, puis les régimes suivants, à travers trois ou quatre changements de nom et de tutelle. Un corps qui a traversé les révolutions parce que, précisément, tous les régimes en avaient besoin.

La question que l’on se pose : Comment un corps de cavaliers médiévaux chargés de surveiller les routes est-il devenu une institution que chaque régime, de la monarchie à la République, a jugé indispensable ?Ce que l’on va voir : La longue filiation qui mène des prévôts d'armée au gendarme d'aujourd'hui, et ce qu'elle révèle de la façon dont l'État français a appris à tenir son territoire.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Des prévôts aux routes du royaume

Delattre fait remonter l'ancêtre de la gendarmerie aux prévôts des maréchaux, apparus dans l'orbite des armées médiévales. Au départ, le problème est interne à la troupe. Une armée en campagne, c'est aussi des pillards, des soldats qui désertent, qui rançonnent les paysans sur leur passage. Il faut quelqu'un pour juger et punir ces hommes vite, sans attendre les tribunaux ordinaires. Ce sera le prévôt, officier de justice attaché au maréchal, avec le pouvoir de condamner sur place, presque sans appel.

De là vient le nom : la maréchaussée, c'est la juridiction des maréchaux. Longtemps, son rôle reste collé à l'armée. Mais le royaume souffre d'un mal plus large que les soldats en vadrouille. Les routes sont peu sûres, les campagnes exposées aux bandes errantes, aux démobilisés qui ne rentrent pas chez eux, aux faux-monnayeurs qui profitent de l'éloignement des villes. L'autorité royale, concentrée dans les parlements et les villes, se dilue dès qu'on s'éloigne.

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02

Chapitre 2 — La ma­ré­chaus­sée, une police à cheval sous l'Ancien Régime

Au fil des règnes, la maréchaussée se structure, se normalise, s'étend. Delattre suit les édits et règlements qui l'organisent progressivement en un maillage couvrant le royaume. Des compagnies sont réparties par généralités, elles-mêmes divisées en brigades, petites unités de quelques cavaliers postées sur les axes sensibles. Ce vocabulaire de la brigade, qui survit jusqu'à aujourd'hui, naît de cette logique : poser partout de petites cellules armées plutôt que concentrer la force en un point.

Le grand tournant, pour Delattre, se joue au XVIIIe siècle, avec la réorganisation qui fixe durablement la forme du corps. La maréchaussée passe sous l'autorité directe de la couronne, cesse d'être un assemblage hétéroclite, et reçoit une discipline, un recrutement et une répartition pensés à l'échelle du royaume. On y veut des hommes expérimentés, souvent d'anciens soldats, capables d'autorité et de tenue. C'est cette époque qui transforme la maréchaussée en véritable institution nationale, et non plus en collection de compagnies locales.

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03

Chapitre 3 — 1791, la Révolution rebaptise et refonde

La Révolution détruit beaucoup des institutions de l'Ancien Régime, jugées corrompues ou arbitraires. La maréchaussée aurait pu suivre, tant son nom la liait à la monarchie et à ses prévôts expéditifs. Pourtant, Delattre souligne que les assemblées révolutionnaires font le contraire : elles reprennent le corps, le réforment, et lui donnent un nom neuf. En 1791, la maréchaussée devient la gendarmerie nationale. Le mot gendarme, ancien, désignait l'homme d'armes ; il est réemployé pour baptiser le corps rénové.

Le changement n'est pas qu'un habillage. La Révolution range la gendarmerie dans l'armée, en fait une force militaire à part entière, chargée de veiller à l'ordre public et à l'exécution des lois. On sépare plus nettement ses fonctions de police de ses éventuels pouvoirs judiciaires, qui reviennent aux tribunaux désormais réorganisés. On clarifie la hiérarchie, les grades, la discipline. Le corps gagne en cohérence ce que l'Ancien Régime lui laissait d'un peu bricolé.

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04

Chapitre 4 — Le gendarme, un État qui tient par la campagne

Si l'on prend de la hauteur, l'histoire que raconte Delattre dépasse celle d'un corps particulier. Elle montre comment l'État français a résolu un problème qui l'a longtemps hanté : être présent partout, en permanence, jusque dans le village le plus isolé. Un État se juge moins à ses palais qu'à sa capacité à faire sentir son autorité là où il n'est pas, concrètement, installé. La maréchaussée puis la gendarmerie ont été l'une des réponses les plus durables à cette difficulté.

La brigade de campagne est l'invention clé. Plutôt que de masser la force dans les villes, l'État la disperse en petites cellules, chacune couvrant un secteur rural. Le gendarme vit sur place, connaît le pays, les habitants, les routes, les habitudes. Il n'est pas un visiteur, il est une présence permanente. C'est, en creux, une manière très efficace de rendre l'État palpable loin de la capitale : non par la masse, mais par le maillage. L'autorité ne vient pas en force, elle réside déjà là.

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05

Conclusion

Au bout du fil que déroule Delattre, on trouve une institution dont la mission a étonnamment peu bougé en plusieurs siècles. Des prévôts des maréchaux jugeant les pillards aux brigades de la gendarmerie nationale, c'est la même tâche de fond : tenir les routes, poursuivre les criminels, faire respecter la loi là où l'État, autrement, ne serait qu'une abstraction lointaine. Les noms changent, maréchaussée puis gendarmerie, les tutelles aussi, mais le besoin demeure, et avec lui le corps.

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