Histoire du pétrole
Le pétrole, un siècle de puissance
Description
Le 27 août 1859, à Titusville, un trou de vingt et un mètres dans le sol de Pennsylvanie se met à cracher du pétrole. L'homme qui a tenu bon s'appelle Edwin Drake, et tout le monde l'appelle « colonel » — un titre qu'il n'a jamais porté, inventé par ses commanditaires pour impressionner les locaux. À ce moment-là, personne ne sait vraiment à quoi sert cette huile noire qu'on raffinait surtout pour en tirer du pétrole lampant, un combustible d'éclairage un peu plus propre que l'huile de baleine.
En un siècle, cette curiosité d'apothicaire est devenue le sang de l'économie mondiale. Elle a éclairé les maisons, puis fait rouler les voitures, voler les avions, tourner les usines, gagner des guerres. Autour d'elle se sont bâties les plus grandes fortunes industrielles de l'histoire et des empires d'un genre nouveau, où l'on ne possède pas des terres mais des flux. Maurice Ezran raconte cette ascension dans son livre « Histoire du pétrole » : comment une matière première est devenue un acteur politique à part entière.
C'est cette trajectoire qu'on suit ici, de la première foreuse américaine aux grandes compagnies qui se sont partagé la planète, jusqu'au moment où les pays producteurs ont repris la main et rappelé à l'Occident ce que dépendre voulait dire.
La question que l’on se pose : Comment une huile qu'on brûlait pour s'éclairer est-elle devenue en un siècle le nerf de la puissance mondiale ?Ce que l’on va voir : La naissance d'une industrie, les empires qu'elle a fait surgir, son entrée en politique et le choc qui a inversé le rapport de force.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un filon de Pennsylvanie et un colonel qui n'en était pas un
Avant Titusville, le pétrole n'était pas inconnu — il suintait du sol en plusieurs points du globe, les Chinois en avaient foré dès l'Antiquité, et on le vendait en pharmacie comme remède contre à peu près tout. Ce qui manquait, c'était une méthode pour en tirer de grandes quantités et un usage de masse qui justifie l'effort. Dans les années 1850, une petite entreprise américaine mise sur l'idée que cette huile, raffinée, pourrait remplacer les combustibles d'éclairage coûteux. Elle envoie Edwin Drake forer près d'un suintement de Pennsylvanie.
Le pari était loin d'être gagné. Les fonds s'épuisent, les commanditaires menacent de tout arrêter, et Drake s'entête avec une technique empruntée aux foreurs de puits de sel : enfoncer un tube dans le sol pour éviter l'éboulement. Fin août 1859, la méthode paie. Le puits produit, modestement d'abord, mais il produit. La nouvelle se répand, et la vallée se couvre en quelques mois de derricks plantés les uns contre les autres par des milliers d'aventuriers venus tenter leur chance.
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02 Chapitre 2 — Rockefeller, ou l'art de posséder tout le reste
Ce jeune homme s'appelle John D. Rockefeller. En 1870, il fonde la Standard Oil, et sa stratégie tient en une intuition simple : ne pas parier sur l'extraction, trop hasardeuse, mais verrouiller le raffinage, le transport et la distribution. Celui qui tient ces maillons impose ses conditions à tous ceux qui forent. Rockefeller rachète les raffineries rivales une à une, souvent en les étranglant d'abord par les prix, puis en proposant de racheter ce qui reste.
Son arme maîtresse, ce sont les chemins de fer. Grâce aux volumes énormes qu'il expédie, il négocie des tarifs secrets que ses concurrents ne peuvent pas obtenir — et parfois même des ristournes sur le fret de ses rivaux. Un raffineur indépendant qui paie son transport deux fois plus cher que la Standard Oil ne tient pas longtemps. En une décennie, Rockefeller contrôle l'essentiel du raffinage américain. Au tournant du siècle, la Standard Oil règne sur une industrie que Drake avait ouverte à tous.
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03 Chapitre 3 — Quand le pétrole devient une affaire d'État
Le basculement vient du moteur à explosion et, plus encore, de la guerre. Peu avant 1914, la marine britannique prend une décision lourde de conséquences : convertir sa flotte du charbon au mazout, sous l'impulsion de Winston Churchill. Un navire au pétrole va plus vite, se ravitaille plus discrètement, demande moins d'hommes. Mais le Royaume-Uni n'a pas de pétrole sur son sol, quand il a du charbon à profusion. La puissance navale britannique devient d'un coup dépendante d'un approvisionnement lointain. L'énergie cesse d'être une question industrielle pour devenir une question stratégique.
La Première Guerre mondiale confirme la bascule. Camions, avions, chars, sous-marins : tout ce qui bouge sur les champs de bataille modernes consomme du pétrole. On dit alors que la victoire alliée a « flotté sur une vague de pétrole ». Les États regardent désormais les gisements comme on regardait autrefois les mines ou les ports. Le Moyen-Orient, dont on commence à mesurer l'immense richesse souterraine, devient un enjeu que les puissances coloniales se disputent à coups de concessions et de frontières tracées à la règle.
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04 Chapitre 4 — 1973, le jour où le robinet a changé de main
En octobre 1973, la guerre du Kippour éclate au Proche-Orient. En représailles au soutien occidental à Israël, les pays arabes producteurs décident de réduire leur production et de frapper d'embargo certains pays. L'OPEP, cette organisation qu'on n'avait pas prise au sérieux, quadruple le prix du baril en quelques mois. Du jour au lendemain, les stations-service occidentales affichent des pénuries, les gouvernements rationnent, et des pays entiers découvrent à quel point leur prospérité reposait sur une ressource qu'ils ne possédaient pas.
Le choc n'est pas seulement économique, il est psychologique. Pendant un siècle, l'Occident avait fixé lui-même le prix du pétrole des autres. En 1973, pour la première fois, ce sont les producteurs qui dictent leurs conditions, et les clients qui s'inclinent. Le rapport de force établi depuis Rockefeller, puis consolidé par les sept sœurs, s'inverse. Un second choc, en 1979, enfonce le clou. Les Trente Glorieuses, cette période d'énergie abondante et bon marché, se referment — et avec elles une certaine insouciance quant à ce qui fait tourner le monde développé.
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05 Conclusion
D'un puits de Pennsylvanie à l'embargo de 1973, le pétrole aura mis un peu plus d'un siècle à passer du statut de remède d'apothicaire à celui de levier géopolitique majeur. Entre les deux, il y a eu la discipline froide de Rockefeller, le partage du monde par une poignée de compagnies, et le réveil des producteurs qui ont fini par reprendre la main sur leur sous-sol. L'histoire que raconte Maurice Ezran est celle d'un glissement permanent du pouvoir : de l'extracteur au raffineur, du raffineur à l'État, de l'État consommateur à l'État producteur.
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