Histoire de la littérature française
XIXe siècle 1800-1851
Description
En 1800, un jeune aristocrate rentré d'exil publie un petit traité qui va faire date : Chateaubriand, dans le Génie du christianisme puis dans Atala et René, invente une manière nouvelle de dire le vague à l'âme, la mélancolie, le moi qui se regarde souffrir. On est à peine sortis de la Terreur, Bonaparte est Premier consul, et la langue littéraire française cherche encore à quoi ressembler après le grand nettoyage classique du siècle précédent. Rien n'est joué. Le classicisme tient encore les théâtres, l'Académie veille, et personne ne sait vraiment ce que va devenir cette littérature neuve.
Un demi-siècle plus tard, le paysage est méconnaissable. Le romantisme a triomphé, fait scandale, pris la Comédie-Française d'assaut, puis commencé à s'essouffler. Les grandes voix lyriques se sont tues ou ont basculé dans la politique, et une autre façon d'écrire pointe — plus sèche, plus attentive aux choses telles qu'elles sont, à l'argent, aux provinces, aux ratés de l'ambition. Entre ces deux bornes, 1800 et 1851, tient une des périodes les plus denses de la littérature française, celle que Daniel Couty raconte comme une suite de mouvements qui se répondent et se chassent.
La première moitié du XIXe siècle n'est pas une parenthèse romantique bien rangée. C'est un demi-siècle de secousses où la forme littéraire bouge au rythme des régimes qui tombent et se relèvent, de l'Empire à la Restauration, de Juillet à la République de 1848.
La question que l’on se pose : Comment, en cinquante ans, la littérature française passe-t-elle du lyrisme romantique au regard réaliste — et qu'est-ce qui, dans la société, précipite ce virage ?Ce que l’on va voir : Une France qui réinvente sa langue après le classicisme, une génération qui fait du moi un sujet, et le moment où le réel vient demander des comptes au rêve.
Sommaire
01 Chapitre 1 — La France de 1800 cherche sa langue
Au lendemain de la Révolution, la littérature française est dans un drôle d'état. Le grand édifice classique — Racine, Boileau, les règles, la noblesse du ton — tient encore debout dans les institutions, mais il sonne creux. Les événements ont été trop gros pour ce vocabulaire-là. Comment dire l'échafaud, l'exil, l'effondrement d'un monde avec les mots d'une tragédie en cinq actes ? Couty décrit cette période comme un temps de flottement, où l'ancien ne meurt pas et où le neuf hésite encore à se nommer.
Deux figures dominent ce seuil. Madame de Staël, d'abord, qui rentre d'Allemagne et de Suisse avec une idée explosive : la littérature n'est pas un absolu immuable, elle dépend des sociétés, des climats, des religions. Dans De la littérature puis De l'Allemagne, elle fait entrer en France une sensibilité venue du Nord, germanique et protestante, et pose l'idée qu'il existe une littérature du Midi et une littérature du Nord. L'ouvrage sera saisi par la censure impériale en 1810 — Napoléon n'aime pas qu'on admire l'étranger.
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02 Chapitre 2 — Le romantisme s'installe, la bataille éclate
La chute de l'Empire change tout. Sous la Restauration, une génération née autour de 1800 arrive à l'âge d'écrire, et elle a faim. Les cénacles se forment — on se réunit chez Charles Nodier à l'Arsenal, puis autour du jeune Victor Hugo — et le mot « romantisme », longtemps flou et souvent péjoratif, devient un drapeau. Au départ, le clivage est même politique : on associe le romantisme à la droite monarchique et catholique, avant qu'il ne glisse, vers la fin des années 1820, du côté de la jeunesse libérale.
Le cœur de la querelle, c'est le théâtre. La tragédie classique règne encore, avec ses règles héritées du XVIIe siècle : unité de temps, de lieu, d'action, séparation stricte des genres, alexandrin noble. Les romantiques veulent tout faire sauter — mêler le grotesque et le sublime, planter l'action où ils veulent, faire parler les rois comme des hommes. En 1827, Hugo publie la préface de Cromwell, qui devient le manifeste du mouvement. On y lit une théorie du drame qui prétend remplacer la vieille tragédie par une forme plus vaste, capable d'embrasser la vie entière.
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03 Chapitre 3 — Lamartine, Hugo, Vigny : la génération qui chante
Si le romantisme a un cœur, c'est la poésie lyrique, et elle commence par un coup d'éclat. En 1820, un jeune homme encore inconnu, Alphonse de Lamartine, publie les Méditations poétiques. Le succès est foudroyant. Pour la première fois depuis longtemps, un poète dit le deuil, l'amour, le temps qui passe, avec une simplicité musicale qui touche directement. Le poème « Le Lac », où la nature est prise à témoin d'un amour perdu, devient instantanément un classique. Lamartine ouvre la voie : on peut faire de son chagrin intime la matière même du poème.
Victor Hugo, lui, est partout. Poète prodige, dramaturge, romancier, il incarne à lui seul l'énergie du mouvement. Dans les Orientales, les Feuilles d'automne, les Rayons et les ombres, il déploie une virtuosité de formes et de thèmes qui écrase la concurrence. Il chante l'enfance, la famille, la nature, mais aussi l'histoire, l'exotisme, les grands mouvements du monde. Et il écrit du roman : Notre-Dame de Paris, en 1831, ressuscite le Paris médiéval et donne au gothique ses lettres de noblesse. Chez Hugo, le lyrisme personnel s'ouvre vers quelque chose de plus vaste, presque prophétique.
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04 Chapitre 4 — 1848 et le réel qui frappe à la porte
Ce qui fait vaciller le romantisme, ce n'est pas d'abord une querelle d'école, c'est l'histoire. La monarchie de Juillet, née en 1830 de la chute des Bourbons, est le règne de la bourgeoisie d'affaires, de l'argent, de l'ascension sociale et de ses ratés. La société que décrivent les écrivains change : on y parle de rentes, de dettes, de carrières, de provinces grises. Dès les années 1830, Balzac entreprend de peindre ce monde-là dans sa Comédie humaine — des centaines de personnages, des ambitions, des faillites, un Paris et des campagnes saisis avec une précision presque entomologique. Le lyrisme laisse place à l'observation.
Puis vient 1848. La révolution de février renverse Louis-Philippe et proclame la République ; quelques mois plus tard, l'insurrection ouvrière de juin est écrasée dans le sang. L'élan généreux du printemps débouche sur la désillusion, puis sur le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, qui ouvre la voie au Second Empire. Pour beaucoup d'écrivains, c'est un choc. Lamartine, un temps au cœur du gouvernement provisoire, en sort brisé. Hugo part en exil. La foi romantique dans le progrès par le verbe se heurte à la brutalité du réel.
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05 Conclusion
De Chateaubriand à Balzac, la première moitié du XIXe siècle français tient dans un mouvement de balancier. On part d'un moi qui se raconte, mélancolique et seul face à l'immensité, et on arrive à des personnages pris dans la glu de l'argent et des ambitions ordinaires. Entre les deux, le romantisme a tout tenté : refaire le théâtre, réinventer le poème, donner au sentiment le droit de cité. Il a gagné sa bataille, puis il a buté sur une société qui n'était plus celle de ses rêves.
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