Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Concepts fondamentaux de sociologie

Concepts fon­da­men­taux de sociologie

Max Weber

Les concepts de base de Weber

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En 1920, Max Weber meurt de la grippe espagnole à cinquante-six ans, en laissant inachevé l'énorme chantier d'Économie et société. Dans les tiroirs, un texte court, dense, presque sec, rédigé juste avant : les Concepts fondamentaux de la sociologie. Quelques dizaines de pages où il pose, un à un, les mots avec lesquels on va désormais parler de la vie sociale. Pas un manifeste, pas un récit — une boîte à outils. Weber y définit ce qu'est une activité sociale, ce qu'est une relation, une domination, un ordre légitime, avec la patience d'un horloger qui démonte une montre pour montrer où est le ressort.

Ce qui frappe, en lisant ces pages un siècle plus tard, c'est leur modestie apparente. Weber ne promet pas de dévoiler les lois cachées de l'Histoire ni de prédire où va le monde. Il fait quelque chose de plus discret et de plus radical : il refuse de partir du grand tout — la société, la nation, la classe — pour partir de l'individu qui agit, qui vise quelque chose, qui tient compte des autres. Le social, chez lui, ne tombe pas du ciel. Il se reconstruit à partir des raisons, même mauvaises, que les gens se donnent d'agir comme ils le font.

Derrière la sécheresse des définitions se cache un pari sur ce que peut être une science du social : comprendre de l'intérieur sans pour autant approuver, expliquer sans trancher sur le bien et le mal. C'est ce fil-là qu'on suit ici, du geste le plus banal — attendre que l'autre traverse — jusqu'à la question qui a fait couler le plus d'encre après lui.

La question que l’on se pose : Comment construire une science du social qui comprenne les raisons des gens sans jamais dire si elles sont bonnes ?Ce que l’on va voir : Comment Weber part du plus petit geste partagé pour bâtir, pièce par pièce, les outils qui servent encore à lire une société.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une poignée de pages pour fonder un métier

Weber n'a pas inventé le mot sociologie — c'est Auguste Comte qui l'avait forgé une soixantaine d'années plus tôt. Mais ce que Comte imaginait tenait de la physique sociale : des lois, des régularités, une marche de l'humanité vers le progrès. Weber, lui, cherche autre chose. Dans ces pages, il ouvre en définissant froidement son objet : la sociologie est une science qui veut comprendre par interprétation l'activité sociale, et par là expliquer causalement son déroulement et ses effets. Deux verbes, comprendre et expliquer, qu'on avait tendance à opposer — l'un pour les sciences humaines, l'autre pour les sciences de la nature — et que Weber tient ensemble.

Le pari est là, précisément. Pour une pierre qui tombe, on n'a pas besoin de deviner ses intentions. Pour un homme qui court, oui : il fuit, il s'entraîne, il rattrape un bus. Le social a cette particularité d'être peuplé de sens. Les gens visent des buts, se trompent, croient à des choses. Une science qui refuserait ce sens passerait à côté de l'essentiel. Mais une science qui s'y noierait, qui se contenterait d'empathie, cesserait d'être une science. Weber veut les deux : saisir la raison intérieure d'un acte, puis la relier à ses effets observables.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Quatre façons d'agir, et une seule intéresse le sociologue

Tout part d'une distinction. Il y a l'activité, qui est un comportement auquel l'individu attache un sens — lever le bras pour saluer, pas le lever par réflexe quand un médecin frappe le genou. Et il y a l'activité sociale, qui est celle qui tient compte du comportement d'autrui et s'oriente d'après lui. Pédaler seul dans un champ, ce n'est pas social. Pédaler en se déportant parce qu'un autre cycliste arrive en face, ça l'est. Freiner à un feu rouge parce qu'on sait que d'autres roulent, c'est déjà une relation nouée avec des inconnus qu'on ne verra jamais.

Weber précise aussitôt ce que le social n'est pas, pour couper court aux malentendus. Faire la même chose que tout le monde en même temps n'a rien de social : si la pluie tombe et que cent personnes ouvrent leur parapluie, elles ne s'orientent pas les unes d'après les autres, elles réagissent toutes à la même averse. À l'inverse, imiter quelqu'un parce qu'on l'a vu faire, ça, c'est bien une activité orientée vers autrui. La frontière ne passe pas par le nombre ni par la ressemblance des gestes, mais par la présence, dans la tête de celui qui agit, d'une référence aux autres.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Le type idéal — une loupe qui déforme pour mieux voir

Le type idéal est sans doute l'outil le plus wébérien de tous, et le plus souvent mal compris. Idéal ne veut pas dire parfait, ni souhaitable. Ça veut dire construit par la pensée, poussé à la pureté qu'aucune réalité n'atteint. Weber prend des traits dispersés dans le réel, les accentue, les assemble en un portrait cohérent — et ce portrait, justement parce qu'il est trop net pour être vrai, sert d'étalon. On ne mesure pas une entreprise réelle à une autre entreprise réelle ; on la mesure à l'écart qui la sépare du modèle pur de l'action rationnelle en finalité.

Les quatre motifs de l'activité sont déjà des types idéaux. Aucune personne n'agit jamais selon le pur calcul, ni selon la pure tradition. Mais en construisant ces cas limites, Weber se donne de quoi dire des choses précises sur n'importe quelle conduite réelle : telle décision économique est presque parfaitement rationnelle en finalité, telle vengeance presque purement affectuelle, telle coutume villageoise presque entièrement traditionnelle. L'exagération volontaire est le prix de la précision. Le type idéal est une caricature méthodique dont on se sert comme d'une règle graduée.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Domination, légitimité et le refus de dire ce qui est bien

Au sommet de l'édifice, Weber place deux notions proches qu'il sépare soigneusement. La puissance, c'est la chance d'imposer sa volonté même contre une résistance, par n'importe quel moyen — la force brute y suffit. La domination, c'est autre chose : la chance de trouver des gens prêts à obéir à un ordre précis. La nuance est décisive. On peut contraindre quelqu'un un instant avec un revolver ; on ne fait pas tourner un empire, une administration ou une entreprise avec des revolvers. Il faut que les gens obéissent parce qu'ils trouvent, d'une manière ou d'une autre, l'ordre fondé à être suivi.

D'où la question de la légitimité, qui donne ses trois types idéaux les plus célèbres. La domination peut être traditionnelle — on obéit au roi, au patriarche, parce qu'il en a toujours été ainsi. Elle peut être charismatique — on suit le prophète, le chef révolutionnaire, le fondateur, pour la grâce personnelle qu'on lui prête. Elle peut être légale-rationnelle — on obéit non à un homme mais à des règles impersonnelles qu'on tient pour valides, et c'est la logique de la bureaucratie moderne, du fonctionnaire qui applique le règlement sans égard aux personnes. Là encore, aucune domination réelle n'est jamais purement l'une des trois ; chacune mêle les ressorts.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Quelques dizaines de pages, donc, pour passer du cycliste qui se déporte à l'empire qui tient debout parce qu'on le croit fondé. Weber avance sans jamais changer de méthode : partir du sens que les gens donnent à ce qu'ils font, forger des cas purs qui n'existent pas pour mesurer ceux qui existent, et refuser de dire au lecteur s'il doit s'en réjouir ou s'en alarmer. L'activité, la relation, l'ordre, la domination ne sont pour lui que des régularités de conduite tenues par des croyances — rien de massif, rien de fatal, rien qui échappe entièrement à ceux qui y participent.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !