Cessez d'être gentil soyez vrai!
Etre avec les autres en restant soi-meme
Description
Il y a ce moment qu'on connaît tous. Un pote demande un service qui nous arrange pas, et au lieu de dire non, on entend sortir de notre bouche un « oui, pas de souci » dont on sait déjà qu'on va le regretter. On a été gentil. On a aussi menti un peu, à l'autre et à soi. Thomas d'Ansembourg, ancien avocat belge devenu psychothérapeute, part exactement de là : cette gentillesse qu'on croit être une qualité et qui, à force, nous coupe de ce qu'on ressent vraiment. Son livre, paru en 2001, est devenu l'un des best-sellers francophones du développement personnel, traduit dans une trentaine de langues.
Le titre sonne comme une provocation, mais le propos est plus subtil. D'Ansembourg ne défend pas la franchise brutale, le « je dis ce que je pense et tant pis ». Il a passé des années auprès de Marshall Rosenberg, le psychologue américain qui a formalisé la communication non violente, et c'est de là qu'il tire sa méthode. L'idée : la gentillesse de façade et l'agressivité sont les deux faces d'un même problème — on ne sait pas nommer ce qui se passe à l'intérieur de nous.
Ce qui frappe, c'est combien ce décalage est banal. On passe des journées entières à anticiper ce que l'autre attend, à ravaler des phrases, à accumuler des petits renoncements qui finissent par former une rancune diffuse. Et puis un jour ça déborde, souvent pour une broutille. D'Ansembourg propose un autre chemin, plus exigeant qu'il n'en a l'air.
La question que l’on se pose : Pourquoi le fait d'être gentil avec les autres nous éloigne-t-il souvent de nous-mêmes — et comment rester en lien sans se trahir ?Ce que l’on va voir : On remonte de la gentillesse automatique jusqu'à ce qu'elle cache, pour comprendre ce que parler vrai veut dire.
Sommaire
01 Chapitre 1 — La gentillesse comme malentendu
Pour d'Ansembourg, la plupart d'entre nous ont appris très tôt à être gentils — c'est-à-dire à faire passer l'attente supposée de l'autre avant notre propre ressenti. Un enfant qui pleure et à qui on dit « arrête, ce n'est rien », qui veut quelque chose et s'entend répondre « ne sois pas égoïste », finit par enregistrer un message simple : mes sentiments dérangent, mieux vaut les taire. Devenu adulte, il excelle à deviner ce qu'on attend de lui, et il a perdu le contact avec ce qu'il veut, lui.
Cette gentillesse-là n'est pas de la bienveillance. C'est une stratégie d'évitement du conflit, déguisée en vertu. On dit oui pour ne pas décevoir, on sourit pour ne pas inquiéter, on se tait pour préserver la paix. Le problème, note l'auteur, c'est que rien ne disparaît vraiment. Les besoins non exprimés ne s'évaporent pas, ils s'accumulent en sourdine. Un jour, la coupe déborde, et la même personne qui n'osait rien dire explose pour une vétille — ou tombe malade, ou se replie.
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02 Chapitre 2 — Les quatre marches pour sortir du brouillard
La méthode qu'il reprend de Rosenberg tient en quatre temps, qu'on peut suivre dans l'ordre comme un escalier. La première marche : observer sans évaluer. Décrire la situation en faits nus, sans jugement. Pas « tu es irrespectueux », mais « hier soir, tu es rentré à minuit sans prévenir ». La nuance paraît mince, elle change tout : le fait ne se discute pas, le jugement déclenche aussitôt la défense de l'autre.
Deuxième marche : identifier le sentiment. Qu'est-ce que je ressens, là, précisément ? De la colère, de la tristesse, de la peur, de la fatigue ? D'Ansembourg insiste sur un piège courant : les faux sentiments. « Je me sens trahi », « je me sens abandonné » ne décrivent pas un ressenti mais une interprétation de ce que l'autre m'a fait. Le vrai sentiment est en dessous — déçu, seul, inquiet. Nommer juste demande un entraînement, tant on a l'habitude de passer directement au reproche.
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03 Chapitre 3 — Derrière la plainte, le besoin qu'on n'ose pas dire
Le passage le plus fin du livre porte sur ce travail de traduction, de la plainte vers le besoin. D'Ansembourg observe que nous sommes rarement en contact direct avec nos besoins. Nous ressentons un malaise, et nous le projetons immédiatement sur l'extérieur : c'est la faute du conjoint, du collègue, des circonstances. Le reproche est un besoin déguisé en accusation. Quand je dis « tu ne m'écoutes jamais », je dis en réalité « j'ai besoin d'être entendu, et ce besoin n'est pas comblé ».
La difficulté, c'est que reconnaître son besoin nous rend vulnérables. Avouer « j'ai besoin de tendresse » expose bien plus que lancer « tu es froid avec moi ». Le reproche garde l'autre responsable ; le besoin, lui, me ramène à moi, à ma dépendance, à mon manque. D'où notre préférence inconsciente pour la plainte : elle protège l'ego au prix du lien. L'auteur montre qu'on peut passer des années dans un couple ou une amitié à se renvoyer des reproches qui sont, au fond, des appels mal formulés.
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04 Chapitre 4 — Une écologie des relations
Si l'on prend de la hauteur, ce que propose d'Ansembourg dépasse la boîte à outils de communication. Il défend une idée qu'on pourrait appeler une écologie relationnelle : la qualité de nos liens dépend de la qualité du rapport qu'on entretient avec soi. On ne peut pas donner aux autres une présence qu'on ne s'accorde pas à soi-même. Celui qui ne connaît pas ses propres besoins passe sa vie à réagir, à se croire victime des circonstances, à attendre des autres qu'ils devinent ce que lui-même ignore.
Ce renversement a quelque chose de dérangeant. Il déplace la responsabilité de l'extérieur vers l'intérieur, sans pour autant culpabiliser. D'Ansembourg ne dit pas « c'est de ta faute ». Il dit plutôt que notre pouvoir d'agir commence là où on cesse d'attendre que l'autre change. Tant que je reste dans « il faudrait que tu », je suis impuissant, suspendu à une transformation qui ne viendra pas. Dès que je reviens à « j'ai besoin de, et voici ce que je propose », je retrouve une marge de manœuvre.
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05 Conclusion
On revient à ce « oui, pas de souci » du début, lâché à contrecœur pour éviter un froid. D'Ansembourg aurait vu dans cette phrase tout son livre en miniature : un sentiment escamoté, un besoin tu, un lien préservé en surface et abîmé en profondeur. Son pari est qu'on peut faire autrement, non en devenant cassant, mais en osant nommer ce qui se passe en soi avant de le reprocher à l'autre. Observer, ressentir, identifier le besoin, demander — l'escalier est simple, la montée beaucoup moins.
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