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Buzzmarketing

Buzz­mar­ke­ting

Mark Hughes

Fabriquer la conversation autour d'une marque

Description

Le 1er janvier 2000, une bourgade de l'Oregon qui s'appelait Halfway change officiellement de nom. Pour un an, elle devient Half.com, du nom d'un site de vente en ligne à peine lancé par un certain Josh Kopelman. L'entreprise verse quelques dizaines de milliers de dollars et des ordinateurs à la ville, plante son logo à l'entrée, et récolte en retour un déluge d'articles de presse, un passage au journal du matin de NBC. Quelques semaines plus tard, eBay rachète Half.com pour plus de 300 millions de dollars.

Derrière ce coup se cache un homme, Mark Hughes, alors patron du marketing de la start-up. Il n'avait presque pas de budget publicitaire face à des géants installés. Alors il a fait le pari inverse de la pub classique : au lieu de payer pour parler de sa marque, provoquer les autres pour qu'ils en parlent à sa place. Journalistes, curieux, badauds — tout le monde a relayé l'histoire de la ville qui avait vendu son nom. Le produit, lui, coûtait presque rien à faire connaître.

De cette expérience, Hughes a tiré un livre, Buzzmarketing, où il pose une question simple et un peu vertigineuse pour quiconque a un truc à vendre. La publicité coûte cher et on s'en méfie ; la conversation entre gens ordinaires, elle, est gratuite et on y croit. Comment, alors, déclencher exprès cette conversation ?

La question que l’on se pose : Comment fabriquer, à dessein, le bouche-à-oreille qui fait parler d'une marque sans payer pour chaque mot dit ?Ce que l’on va voir : Comment un site sans budget a détourné l'attention à son profit, et la mécanique récurrente qui transforme un produit en sujet de conversation.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Half.com, ou la ville qui change de nom

Quand Hughes arrive chez Half.com en 1999, la situation est celle de mille start-up de l'époque : un produit correct, aucune notoriété, et des concurrents qui dépensent des millions en publicité télé. Le calcul classique aurait été de lever un maximum d'argent pour acheter des spots. Hughes fait l'inverse. Il part du principe qu'un seul passage bien placé dans un journal télévisé national vaut plus que des semaines de bannières, parce que les gens croient un journaliste, pas une réclame.

Reste à donner à ce journaliste une raison de parler. Un site marchand de plus n'intéresse personne. Une ville américaine qui accepte, pour un an, de s'appeler comme un site web — ça, c'est une histoire. Hughes cherche donc une commune assez petite et assez motivée, tombe sur Halfway, négocie, et transforme un budget dérisoire en événement. Le nom de la ville et le nom de la marque coïncident : impossible de raconter l'un sans nommer l'autre.

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02

Chapitre 2 — Six boutons sur lesquels appuyer

Le cœur du livre tient dans une conviction : les gens ne parlent pas de n'importe quoi. Il faut leur donner de la matière. Hughes identifie six grandes familles de déclencheurs qui poussent quelqu'un à mentionner spontanément une marque dans une conversation. Le premier, c'est le tabou — le sexe, la mort, l'argent, tout ce qui met un peu mal à l'aise et qu'on adore commenter précisément parce que ça ne se dit pas. Une marque qui frôle l'interdit se fait raconter.

Le deuxième déclencheur, c'est l'inhabituel : quelque chose qui casse la routine, qui sort assez du cadre pour qu'on ait envie de le signaler. Le troisième, c'est le scandaleux — pas forcément l'immoralité, mais ce qui heurte les attentes, ce qui indigne un peu ou fait lever un sourcil. Une ville qui vend son nom est à la fois inhabituelle et légèrement scandaleuse ; c'est pour ça qu'elle marche si bien.

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03

Chapitre 3 — La grande conver­sa­tion où la marque n'est pas invitée

Une fois les déclencheurs identifiés, encore faut-il diffuser. Hughes insiste sur un point que la pub oublie souvent : la conversation existe déjà, en permanence, entre des gens qui ne demandent rien à personne. La marque n'y est pas invitée. Elle ne peut qu'espérer y entrer par la petite porte, en donnant aux uns et aux autres une raison de la mentionner. D'où son insistance sur les relais — les médias, mais aussi les individus branchés sur un réseau, ceux qui adorent être les premiers à savoir et à dire.

Il accorde une place particulière à la presse et à la télévision, parce qu'elles offrent une crédibilité qu'aucune publicité ne peut acheter. Un produit dont parle un journaliste bénéficie d'une caution : quelqu'un d'extérieur a jugé l'histoire digne d'être racontée. Le travail du marketeur devient alors celui d'un fournisseur d'angles — offrir aux rédactions une histoire déjà taillée, avec son décalage, son personnage, son chiffre surprenant, de sorte qu'elle demande le moins de travail possible pour être publiée.

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04

Chapitre 4 — Le buzz comme monnaie, et ses contre­fa­çons

Ce que décrit Hughes, au fond, dépasse une boîte à outils de marketeur. C'est un déplacement du pouvoir. Pendant tout le vingtième siècle, une marque qui avait de l'argent pouvait acheter de l'attention : plus de budget, plus de spots, plus de présence dans les têtes. La conversation, elle, n'est pas à vendre. On ne paie pas un ami pour qu'il recommande un restaurant, et c'est précisément pour ça qu'on le croit. Le buzzmarketing acte que la ressource rare n'est plus l'espace publicitaire, mais la crédibilité — et que celle-ci ne s'achète pas, elle se mérite en donnant aux gens quelque chose qui vaille la peine d'être répété.

Ce renversement a un revers, que Hughes anticipe sans en mesurer toute l'ampleur, faute d'avoir écrit à l'ère des réseaux sociaux. Dès lors que la conversation devient une monnaie convoitée, on voit apparaître des contrefaçons : faux avis, faux enthousiasme, comptes payés pour simuler l'engouement spontané. Le astroturfing — cette pelouse artificielle qui imite le mouvement de la base — est l'ennemi intime du buzz honnête. Il fonctionne un temps, puis se fait démasquer, et emporte avec lui la seule chose qui donnait de la valeur à la conversation : la présomption qu'elle était sincère.

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05

Conclusion

Une ville de l'Oregon rebaptisée pour un an, une start-up sans budget rachetée quelques mois plus tard pour des centaines de millions : l'histoire de Half.com résume tout le pari de Hughes. On ne gagne pas la conversation en criant plus fort que les autres, mais en tendant au monde une histoire qu'il a envie de raconter à sa place. Tabou, inhabituel, scandaleux, drôle, exceptionnel, secret — les six déclencheurs ne sont pas des recettes, plutôt six manières de se demander pourquoi quelqu'un prendrait la peine de parler de nous.

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