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Aristote politique

Aristote politique

ARISTOTE

La Politique d'Aristote, étudiée

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Description

Au IVe siècle avant notre ère, un homme passe ses journées à faire récolter les constitutions des cités grecques — on en a longtemps attribué cent cinquante-huit à son école, même si une seule, celle d'Athènes, nous est à peu près parvenue. Ce collectionneur, c'est Aristote. Pas le philosophe planant au-dessus du monde : un observateur qui range, compare, découpe des régimes réels comme un naturaliste range des coquillages. De ce travail de terrain sort un livre, la Politique, écrit sans doute dans les années 330, qui ouvre par une phrase qu'on cite encore sans toujours savoir d'où elle vient.

La phrase, c'est que l'homme est « un animal politique ». On la prend aujourd'hui pour une formule sur le goût des gens pour les intrigues et les élections. Aristote dit tout autre chose. Il affirme que l'être humain ne devient pleinement lui-même qu'au sein d'une communauté organisée, la cité — et que vivre seul, hors d'elle, c'est être soit une bête, soit un dieu, mais pas un homme. La cité n'est pas un contrat qu'on signe entre individus déjà complets. Elle vient avant eux, logiquement et moralement.

De ce point de départ découle tout le reste : une enquête sur qui habite la cité, qui y commande, et comment on reconnaît un bon gouvernement d'un mauvais. Deux mille trois cents ans plus tard, une partie de ce classement nous paraît scandaleuse, une autre nous paraît d'une actualité gênante. Les deux viennent du même livre, de la même méthode patiente, du même refus de séparer la morale de l'organisation concrète du pouvoir.

La question que l’on se pose : Pourquoi Aristote fait-il de la cité une réalité naturelle qui précède l'individu, et où cette prémisse le mène-t-elle quand il trie les régimes ?Ce que l’on va voir : Comment une enquête de terrain sur les cités grecques devient une théorie de la communauté, de ses habitants et des formes du pouvoir.

Sommaire

01

Chapitre 1 — L'homme est un animal politique

Quand Aristote écrit que l'homme est un « zoon politikon », un animal politique, il ne compare pas les humains aux loups ou aux fourmis par goût de l'image. Il construit un argument. Certains animaux vivent en groupe, d'accord. Mais seul l'humain possède le logos — à la fois la parole et la raison. L'abeille bourdonne, elle ne délibère pas. L'homme, lui, peut dire ce qui est juste et ce qui est injuste, utile ou nuisible, et c'est précisément ce partage du bien et du mal qui fabrique une communauté humaine. La cité naît là où des êtres qui parlent se mettent d'accord sur ce qui compte.

D'où une idée qui dérange nos réflexes modernes. Pour nous, l'individu est premier : il existe, puis il choisit, ou non, d'entrer en société. Aristote renverse l'ordre. La cité est antérieure à l'individu comme le corps entier est antérieur à la main. Une main coupée du corps n'est plus une main que de nom — elle ne peut plus rien saisir. Pareil pour l'humain coupé de toute communauté : il n'est plus vraiment humain, parce qu'il lui manque ce qui le rend tel, le fait de vivre au milieu d'autres qui parlent et délibèrent.

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02

Chapitre 2 — La cité avant l'individu

Puisque la cité précède l'individu, Aristote commence par l'ouvrir et regarder ce qu'il y a dedans. Sa méthode est celle d'un dissecteur : pour comprendre un tout, on examine ses parties. Et la plus petite partie de la cité, sa cellule de base, ce n'est pas l'individu isolé — c'est le foyer, l'oikos, la maisonnée. C'est là que se nouent les premiers rapports de commandement et d'obéissance, et c'est en les décrivant qu'Aristote se met, sans le vouloir pour nous, à poser les bases de ce qu'on appellera plus tard l'économie, mot qui vient justement de oikos.

La maisonnée associe selon lui trois relations : l'homme et la femme, les parents et les enfants, le maître et l'esclave. Aristote les traite comme des relations d'autorité de natures différentes, et il insiste sur ce point contre ceux qui les confondent. Commander à sa femme n'est pas commander à un enfant, qui n'est pas commander à un esclave, qui n'est pas commander à des citoyens libres. Mélanger ces formes d'autorité, c'est pour lui l'erreur de fond — celle qui confond le roi et le tyran, le chef de famille et le despote.

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03

Chapitre 3 — Esclaves, femmes, citoyens : qui compte dans la cité

Ici le lecteur moderne cale, et il a raison. Aristote défend l'esclavage, et pas comme un simple fait de son temps qu'on subirait : il tente de le justifier. Il existerait, dit-il, des hommes « esclaves par nature », dépourvus de la pleine capacité de délibérer, pour qui être commandés serait un bien autant que pour le maître de commander. L'argument est bancal même selon ses propres critères, et Aristote le sait à moitié : il reconnaît que beaucoup d'esclaves le sont par le hasard de la guerre, non par nature, et que cet esclavage-là n'a rien de juste. Il laisse la contradiction ouverte.

Les femmes, elles, sont libres mais écartées de la citoyenneté active. Aristote leur reconnaît la capacité de délibérer, mais une capacité qui, selon lui, « n'a pas autorité » — formule obscure et commode qui justifie leur place dans le foyer plutôt que sur l'agora. Là encore, la construction sert à ranger un ordre existant plus qu'à le questionner. Ce sont les angles morts d'un penseur qui observe sa société avec une acuité remarquable, sauf quand il s'agit des hiérarchies dont il profite lui-même.

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04

Chapitre 4 — Six régimes, et le fil entre eux

Le classement d'Aristote tient sur deux questions croisées, d'une simplicité redoutable. Première question : combien gouvernent — un seul, quelques-uns, ou la multitude ? Seconde question, qui est la vraie nouveauté : au profit de qui gouverne-t-on — de l'intérêt général, ou de l'intérêt des gouvernants ? En croisant les deux, on obtient six régimes. Trois « droits », qui visent le bien commun : la royauté, l'aristocratie, et ce qu'il appelle la politeia, le gouvernement du grand nombre dans l'intérêt de tous. Et trois « déviés », leurs versions corrompues : la tyrannie, l'oligarchie, la démocratie.

La surprise, pour nous, c'est que la démocratie figure du côté des régimes déviés. Mais Aristote ne vise pas ce que nous appelons démocratie. Pour lui, elle est le gouvernement du grand nombre — c'est-à-dire des pauvres — exercé dans le seul intérêt des pauvres, aux dépens des autres. L'oligarchie est son miroir : le gouvernement des riches pour les riches. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas le nombre en soi, c'est que chaque camp confonde son intérêt de classe avec le bien de la cité. La bonne forme, la politeia, est précisément celle où le grand nombre gouverne sans écraser qui que ce soit.

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05

Conclusion

Tout part d'une prémisse et y revient. Si la cité précède l'individu, si l'homme ne s'accomplit qu'en vivant avec d'autres qui parlent et délibèrent, alors la seule question qui vaille est de savoir comment cette vie commune s'organise — et au bénéfice de qui. La typologie des six régimes n'est pas un exercice de classement gratuit : c'est la conclusion logique d'un livre qui, dès sa première phrase, fait de la politique la science du bien-vivre ensemble, pas de la simple cohabitation.

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