Accepter son corps et s'aimer
Faire la paix avec son image
Description
Il y a ce moment banal, le matin, devant la glace. On s'y arrête une seconde de trop, et quelque chose se passe : on ne voit pas un corps, on voit un verdict. Trop ceci, pas assez cela, un détail qui gâche le reste. François Nef et Emmanuelle Hayward, deux psychologues cliniciens, partent de là dans « Accepter son corps et s'aimer » : de cet écart permanent entre le corps qu'on a et celui qu'on croit avoir. Leur point de départ est presque contre-intuitif — ce qu'on voit dans le miroir n'est pas une photo fidèle, c'est une construction.
Leur thèse tient en une phrase simple et dérangeante : l'image du corps n'est pas le corps. C'est une représentation mentale, bricolée au fil d'une vie à partir de souvenirs, de phrases entendues, de comparaisons, de normes qu'on a avalées sans les choisir. Elle se forme tôt, se solidifie à l'adolescence, et finit par tourner en boucle avec une autonomie qui lui est propre. Au point que deux personnes au corps semblable peuvent vivre, l'une dans la paix, l'autre dans une guerre quotidienne.
Nef et Hayward ne proposent ni régime, ni injonction à « s'aimer » claquée comme un slogan. Ils viennent des thérapies cognitives et comportementales, et leur pari est méthodique : si cette image est apprise, elle se retravaille. Pas par magie, par un travail patient sur les pensées, les évitements et les rituels qui l'entretiennent.
La question que l’on se pose : Si l'image qu'on a de son corps est une construction et non un reflet, comment se fabrique-t-elle — et peut-on vraiment la défaire ?Ce que l’on va voir : D'où sort cette image intérieure, comment elle s'auto-entretient à notre insu, et par quels gestes concrets deux cliniciens proposent de desserrer son emprise.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un miroir qu'on ne regarde jamais à neuf
Le malentendu de départ, c'est de croire qu'on voit son corps. On ne le voit pas : on le perçoit à travers une couche de représentations qui déforme tout. Nef et Hayward appellent ça l'image du corps — la carte mentale qu'on se fait de sa propre apparence, de ses proportions, de sa valeur. Et cette carte, comme toutes les cartes, simplifie, exagère certains reliefs, en efface d'autres. Quelqu'un peut se vivre comme « trop gros » avec un corps tout à fait ordinaire, parce que la perception ne colle pas au réel.
Les auteurs insistent sur un point qui change la donne : cette image a plusieurs dimensions. Il y a ce qu'on croit voir — la part perceptive, souvent faussée. Il y a ce qu'on ressent dans son corps de l'intérieur — les sensations, le confort ou l'inconfort. Il y a ce qu'on en pense — le flot de jugements. Et il y a ce qu'on fait avec — se couvrir, éviter la plage, se peser dix fois par jour, ou au contraire ne jamais se regarder. Les quatre nourrissent l'ensemble.
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02 Chapitre 2 — D'où vient l'image qu'on se fait de soi
Personne ne naît en se trouvant trop ceci ou pas assez cela. L'image du corps s'apprend, et Nef et Hayward en retracent les sources. La première, c'est la famille. Un corps d'enfant est commenté très tôt — on le trouve mignon, costaud, fragile, on le compare à un frère, on s'inquiète de son appétit. Ces phrases, parfois anodines pour l'adulte qui les lâche, s'inscrivent durablement. Un « tu as grossi, toi » dit par une grand-mère peut devenir, vingt ans plus tard, une voix intérieure qui ne s'éteint jamais.
Vient ensuite le regard des pairs, qui explose à l'adolescence. C'est l'âge où le corps se transforme sans prévenir, où il devient objet d'attention sociale et sexuelle, et où le groupe sanctionne tout écart à la norme. Les moqueries, même brèves, laissent des marques profondes parce qu'elles touchent une identité encore en chantier. Les auteurs notent que beaucoup de rapports abîmés au corps se cristallisent précisément là, entre douze et dix-huit ans.
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03 Chapitre 3 — Le tri silencieux des pensées sur le corps
Une fois l'image installée, elle s'entretient toute seule, et c'est là que les outils cognitifs des auteurs entrent en jeu. Le cœur du problème, expliquent Nef et Hayward, ce sont les pensées automatiques : ces jugements qui surgissent sans qu'on les convoque. « Tout le monde regarde mes bras. » « Avec ce ventre je ne peux pas mettre ça. » Elles passent si vite qu'on les prend pour la réalité, pas pour des interprétations. Le premier geste thérapeutique consiste simplement à les attraper, à les noter, à les sortir du flux où elles sont invisibles.
Car ces pensées ne sont pas neutres : elles suivent des biais réguliers. L'attention sélective fait qu'on ne voit que le défaut qu'on redoute, en ignorant tout le reste. La généralisation transforme un détail en verdict global — un bouton, et c'est « je suis repoussant ». La lecture de pensée nous persuade de savoir ce que les autres jugent de nous, sans aucune preuve. Les auteurs apprennent à repérer ces mécanismes comme on repère un tic, pour cesser de les croire sur parole.
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04 Chapitre 4 — Quand le corps devient une affaire de société
En suivant Nef et Hayward jusqu'au bout, on remarque quelque chose qui déborde la psychologie individuelle. Ce travail sur l'image du corps n'est pas qu'une réparation privée — il est la contrepartie intime d'une pression collective qui, elle, ne faiblit pas. Les auteurs décrivent des cerveaux qui comparent, s'auto-jugent, s'évitent ; mais ils le font dans un monde qui a tout intérêt à ce que ce malaise persiste. L'insatisfaction corporelle est un moteur économique considérable, qui vend des régimes, des crèmes, des programmes, des corrections. Un corps apaisé est un corps qui achète moins.
Ce qui donne au livre sa portée, c'est qu'il refuse de faire de l'individu le seul responsable de son mal-être, sans pour autant le déresponsabiliser. La norme vient de dehors — des familles, des pairs, des images truquées — mais elle finit par vivre dedans, dans les pensées automatiques de chacun. Les outils cognitifs travaillent précisément à cette jointure : ils ne changent pas le monde, ils apprennent à ne plus avaler ses verdicts comme des faits. Reprendre la main sur son image, c'est, à petite échelle, reprendre la main sur ce qu'on a laissé d'autres y déposer.
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05 Conclusion
On revient au miroir du matin, mais le regard a changé de nature. Nef et Hayward n'ont pas promis qu'on finirait par se trouver parfait — ils ont montré que le verdict qu'on y lit n'est pas le réel, mais une image bâtie couche après couche, par des phrases, des comparaisons, des blessures, des normes empruntées. Et qu'une construction, par définition, se démonte. Pas d'un coup, pas par la volonté seule, mais par un travail concret sur les pensées qu'on croyait vraies et les gestes qui les entretenaient.
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