Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

À qui profite la cocaïne ?

À qui profite la cocaïne ?

Mylène Sauloy, Yves Le Bonniec

Qui gagne vraiment sur la cocaïne

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

On imagine volontiers la cocaïne comme l'affaire de quelques cartels sanguinaires, de narcos à chaînes en or et de douaniers débordés. Une histoire de méchants bien identifiés, qu'il suffirait de mettre hors d'état de nuire. Mylène Sauloy et Yves Le Bonniec, dans leur enquête, prennent le problème par l'autre bout : ils suivent l'argent. Pas le produit, l'argent. Et là, le dessin change. Une feuille de coca cultivée sur les pentes andines ne vaut presque rien au départ ; la même quantité, transformée et revendue dans une rue européenne, vaut des centaines de fois plus. Toute la question tient dans ce qui se passe entre les deux.

Ce voyage du champ bolivien au trottoir parisien traverse des mains très différentes. Le petit cultivateur qui vit à peine. Les laboratoires de la jungle. Les passeurs, les intermédiaires, les financiers. Et, au bout, des circuits bancaires et des zones franches qui ont tout d'une économie respectable. L'enquête montre qu'à chaque étape, la part de valeur se déplace — et qu'elle ne s'arrête pas forcément là où la loi concentre sa colère. Les gros gagnants ne sont pas toujours ceux qu'on arrête, et c'est bien là que le propos devient gênant pour tout le monde.

Derrière un produit interdit, il y a donc une chaîne économique parfaitement lisible, avec ses marges, ses rapports de force et ses bénéficiaires discrets. Comprendre qui empoche quoi, à quel moment, change la façon de regarder un commerce qu'on croyait réductible à un affrontement entre la police et le crime.

La question que l’on se pose : Sur toute la longueur de la filière, du champ andin au consommateur, qui encaisse réellement la valeur produite par la cocaïne ?Ce que l’on va voir : On remonte la chaîne, maillon par maillon, jusqu'à ceux dont la répression ne parle jamais.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le paysan andin qui touche des miettes

Tout commence sur les hauteurs des Andes, en Bolivie, au Pérou, en Colombie, là où la feuille de coca pousse depuis des siècles. Pour les populations locales, cette feuille n'a longtemps rien eu de sulfureux : on la mâche contre la faim, le froid, le mal d'altitude, on l'utilise dans les rituels. Sauloy et Le Bonniec insistent sur ce point de départ pour couper court à une confusion commode — la plante et la drogue ne sont pas la même chose, et le cultivateur qui la fait pousser n'est pas un trafiquant.

Le problème du paysan andin, c'est qu'il cultive sur des terres pauvres, souvent sans alternative viable. Le café, le cacao ou la banane rapportent moins et se vendent plus difficilement, quand ils trouvent un acheteur. La coca, elle, trouve toujours preneur, se conserve bien et se transporte facilement sur des pistes impraticables. L'enquête rappelle que ce choix n'est pas un vice mais une arithmétique de survie : dans des régions abandonnées par l'État, sans route, sans école, sans débouché, c'est la seule culture qui garantit un revenu régulier et un acheteur à la porte.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — La fortune se fait au passage des frontières

La feuille devient pâte, puis poudre, dans des laboratoires rudimentaires installés au cœur de la forêt, près des rivières qui servent à la fois de voie d'eau et d'évacuation. C'est déjà un premier saut de valeur, mais le vrai décollage se produit plus loin, quand le produit doit franchir des frontières et traverser des océans. Sauloy et Le Bonniec montrent que le prix explose précisément là où le risque se concentre : chaque barrière, chaque douane, chaque contrôle devient une occasion de multiplier la marge.

C'est le paradoxe que l'enquête met en lumière. L'interdiction, censée étrangler le commerce, le rend au contraire extraordinairement rentable. Plus un produit est illégal, dangereux à transporter, risqué à détenir, plus celui qui accepte de prendre ce risque exige une rémunération élevée. La prohibition fabrique de la rareté artificielle, et la rareté fabrique du prix. Le trafiquant ne vend pas tant de la cocaïne qu'une prise de risque — et plus l'État durcit le ton, plus ce risque, donc ce prix, grimpe.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Les banques, les paradis fiscaux et l'argent qui blanchit

Reste le problème qui obsède tout trafiquant : que faire d'une montagne de billets ? L'argent de la cocaïne ne sert à rien tant qu'il n'a pas réintégré l'économie légale. Une valise de cash est encombrante, traçable, dangereuse à garder. C'est ici que l'enquête de Sauloy et Le Bonniec touche son point le plus dérangeant : pour blanchir ces sommes colossales, il faut des banques, des sociétés-écrans, des paradis fiscaux, et donc la complicité, active ou passive, d'acteurs parfaitement respectables.

Le blanchiment n'est pas une opération marginale, c'est le moment où le trafic devient fortune. Les auteurs décrivent les circuits classiques : fausses factures, entreprises de façade, allers-retours par des places financières discrètes, investissements dans l'immobilier ou des commerces légitimes qui n'ont jamais vu passer un gramme. À l'arrivée, l'argent est propre, intraçable, et il irrigue des pans entiers d'économies officielles qui s'en accommodent très bien — un hôtel, une tour, un club, un portefeuille d'actions.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Cinquante ans de guerre perdue d'avance

Une fois la filière remontée jusqu'au bout, une évidence s'impose, et c'est le pas de recul du livre : la politique de prohibition ne combat pas l'économie de la cocaïne, elle l'alimente. En rendant le produit illégal, on ne le fait pas disparaître — on le rend cher, donc rentable, donc irrésistible. La répression, telle qu'elle est menée, produit mécaniquement les marges qui enrichissent ceux qu'elle prétend abattre.

Sauloy et Le Bonniec observent que les cibles de cette guerre sont systématiquement choisies à l'envers de la valeur. On éradique des champs de paysans, on arrête des mules et des petits revendeurs, on remplit les prisons de consommateurs. Pendant ce temps, les grands importateurs, les blanchisseurs et les circuits financiers prospèrent, intouchés. La répression frappe là où c'est facile et visible, là où ça fait de bonnes images de campagne, pas là où se concentre l'argent. Plus elle se durcit, plus elle renchérit le produit et récompense les plus gros opérateurs.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

En suivant l'argent plutôt que la poudre, Sauloy et Le Bonniec déplacent complètement le regard. La cocaïne n'est pas d'abord une affaire de cartels folkloriques, c'est une chaîne de valeur où la richesse se déplace du champ andin, où elle naît, vers des circuits financiers où elle se consolide. Le paysan touche des miettes, le passeur prend des risques, et le profit décisif se fait là où personne ne cherche : dans des banques et des montages financiers que la loi n'inquiète presque jamais.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !